Si tu devais te présenter en quelques mots ?
En quelques mots : après dix ans d’enseignement (je suis prof de français), j’ai eu tellement envie de me faire virer de l’Education Nationale que je me suis mis à écrire des polars tour à tour sanglants, humoristiques ou orduriers, mais hélas, après quatre titres publiés, pour l’instant, je ne me suis pas encore fait lourder. Mais je persiste !
Quelques mots sur ces quatre premiers romans ?
Les trois premiers titres sont d’une facture « classique » (ce qui ne veut pas dire qu’ils sont chiants, hein !) Ce sont les trois premiers tomes d’une série qui doit en comporter normalement quatre. J’aime beaucoup le principe des séries, qui présentent toujours une intrigue de premier plan, résolue en un titre, et l’évolution des personnages, plus complexe, qui s’étale sur toute la saga. Si on peut lire cette série dans le désordre, il y a tout de même une question qui est posée dans le premier tome, au sujet d’un des personnages, et à laquelle je répondrai dans le quatrième.
Mon quatrième titre, « Les disparus de l’ A 16″, est radicalement différent. Comme ma série régulière est assez sombre, et que je suis un gros déconneur dans l’âme, j’avais envie d’écrire un polar complètement déjanté, humoristique, trash et outrancier, mais avec une réelle intrigue quand même, pour intéresser le lecteur. J’avais beaucoup d’appréhension au moment de sa parution, car c’est vraiment très particulier. Un peu comme si, toutes proportions gardées, San-Antonio avait un fils avec Reiser et en confiait la garde aux Nuls. Contre toute attente, ça marche plutôt pas mal, puisqu’on en est au deuxième tirage en moins de six mois.
D’où t’est venue l’envie d’écrire ?
Par accident… Disons que la lecture est chez moi quelque chose de presque génétique : parents enseignants, études de lettres, boulimique de livres… Mais jamais je ne me suis dit : « un jour, je serai écrivain », pas du tout. Lire me suffisait amplement. Et puis j’ai adhéré à une association, « Les Amis de San-Antonio », dans laquelle je me suis investi en écrivant quelques articles ou études. Jusqu’au jour où mon cher Thierry, membre de la même association, m’a lancé un défi : « qu’est-ce que tu attends, nom de Dieu ? Publie ! »
Alors j’ai essayé, et voilà.
A l’origine, rien de plus qu’un défi, une rencontre. A l’arrivée, l’envie dévorante, presque étouffante, de vouloir vivre du livre, autour du livre.
Fan de monsieur Dard ?
Fan absolu. Je suis même devenu le vice-président de l’association…
Et ta première publication alors ? Parcours du combattant ou simple formalité ?
J’ai eu beaucoup de chance. Bien entendu, j’ai dépensé une petite fortune en frais d’impression et d’envoi aux grands éditeurs. Fi, le sot que j’étais !
Je l’ai ensuite fait éditer aux éditions du Manuscrit (compromis entre le compte d’auteur et le compte d’éditeur), mais bon, c’était quand même pas le top.
Parallèlement à ces démarches, les éditions Ravet-Anceau ont lancé leur collection « polars en nord ». J’ai rencontré Gilles Guillon, le directeur littéraire, lors d’une manifestation, et il m’a donné sa carte en m’expliquant qu’ils cherchaient des auteurs.
Je lui ai proposé mon manuscrit, corrigé et rallongé, et voilà le travail.
Comment Maxime Gillio fabrique-t-il un de ses romans ?
Je ne sais pas si j’ai vraiment une méthode. Bon, l’idée, le concept d’abord. Quand je le « sens » bien, sur une grande feuille, je jette des idées, dresse des organigrammes, trace des flèches. Ce brouillon préparatoire est complété au fur et à mesure de la documentation que j’avale en même temps.
Ensuite, j’écris un résumé de ce que pourrait être l’histoire, sur une quinzaine de lignes.
Si ça a l’air de tenir la route, alors j’attaque le plan, le séquencier. Chapitre par chapitre.
Enfin, je détaille mes chapitres par « modules », par unités de lieu ou d’action.
Bref, je fais un véritable story-board qui rendrait fou bon nombre de mes collègues.
Je suppose que c’est un manque de confiance.
Mais je précise que je ne suis pas prisonnier de ce plan. C’est davantage pour me mettre en confiance, et pour me permettre d’entrer plus vite dans la rédaction. Comme j’ai toujours quatre projets en même temps sur le feu, je gagne du temps avec ces repères.
Bien évidemment, la structure initiale va changer au cours de l’écriture, je vous rassure, je ne suis pas un robot. Des idées, des situations, des dialogues vont naître au fil de l’écriture, qui vont m’obliger à revoir cette charpente. Je pense que je pourrais commencer à écrire sans autant de préparatifs, mais ils me rassurent.
Tu as un rythme d’écriture ?
Dans la mesure du possible, j’essaye de m’imposer une discipline quotidienne, même si elle est souvent perturbée par des impondérables. Mais je ne crois pas, en ce qui me concerne, à l’inspiration toute puissante. Je crois au travail, au labeur. L’inspiration vient souvent des contraintes. C’est du moins ainsi que je fonctionne.
Des petits rituels d’écriture ? Peut-être de la musique ?
Ah non, surtout pas ! En fait, les deux seules conditions quand j’écris sont : avoir au moins une plage de deux heures devant moi (si je sais que j’ai à peine une heure, ça ne me va pas, car il faut un temps « d’échauffement », je suis un diesel) et le silence le plus complet possible. Une mouche ballonnée suffit à me déconcentrer, alors de la musique… D’ailleurs, je vais expérimenter les bouchons d’oreilles pour mon prochain.
Ton prochain ? Quelques détails peut-être ?
Logiquement (car rien n’est jamais sûr dans ce milieu…), j’attaque le dernier volume de ma série des Dacié/Marquet. Je vais enfin répondre à la question posée dans le premier tome de la tétralogie, et assembler les pièces du puzzle disséminées dans les trois premiers titres. Je vais faire en sorte que les lecteurs fidèles de cette série en aient pour leur argent, car je ne sais pas si je vais la continuer après. Il va y a voir des larmes et des coupes dans le casting !
Parallèlement, je travaille sur d’autres projets, mais là, on n’en est qu’au stade des réflexions, donc je préfère ne pas trop m’avancer.
Tes derniers coups de coeur littéraires et cinématographiques ?
Je ne vais pas assez au cinéma à mon goût, alors… Récemment, j’ai beaucoup apprécié « The ghost writer » de Polanski.En revanche, question coups de cœur littéraires, ça va être dur, j’ai l’embarras du choix… Je viens de terminer « La onzième plaie », d’Aurélien Molas. Une tuerie ! Lui, si les petits cochons ne le mangent pas, on n’a pas fini d’entendre parler de son talent. Je me suis beaucoup amusé cet été en lisant « Duel en enfer », de Bob Garcia.Sinon, plutôt qu’un titre, je préfère vous parler d’auteurs que j’ai découverts ces dernières années. J’aime beaucoup l’écriture de Paul Colize, l’univers de Laurent Guillaume, sans oublier l’incontournable Franck Thilliez meilleur de titre en titre.
Autrement, mes maîtres restent et demeurent Frédéric Dard, Dennis Lehane, Joe Lansdale.
Des conseils à donner à de futurs écrivains en herbe ?
Je me considère moi-même comme un écrivain en herbe, alors donner des conseils, ce serait bien prétentieux de ma part ! Disons que je n’insisterai jamais assez sur la notion de travail, pas forcément incompatible avec celle de plaisir, d’ailleurs. Mais soyez exigeants avec vous-mêmes, vos lecteurs vous en seront reconnaissants.
Je te laisse le mot de la fin.
Zygote (en tout cas, c’est celui qui est la fin de mon dictionnaire).
Je n’aurais pas dis mieux. Un grand merci à toi.
