Interview: Franck Thilliez nous présente le syndrome E

Interview: Franck Thilliez nous présente le syndrome E
16 décembre 2010 par Samuel
Ses livres se vendent à plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires. Ce n’est pas dans l’encre, mais dans l’hémoglobine que cet écrivain trentenaire trempe sa plume. Expert du polar noir, spécialiste des pathologies mentales et de l’investigation cérébrale, il vient nous présenter le syndrome [E].

Si vous deviez vous présenter en quelques mots ?
Une bonne trentaine d’années. J’ai, à la base, une formation d’ingénieur en informatique. J’ai travaillé dans des entreprises une petite dizaine d’années, et j’ai arrêté définitivement voilà 5 ans. J’habite dans le Pas-de-Calais. Aujourd’hui, je vis de l’écriture, j’ai écrit sept romans, tous des thrillers. Mon huitième roman, le syndrome E, sortira le 14 octobre 2010 aux éditions Fleuve noir.

La psychiatrie et les pathologies mentales sont des sujets récurent dans vos oeuvres. Avec un titre comme “Le syndrome [E]”, on s’attend une fois de plus à plonger dans la complexité des méandres du cerveau humain. Est-ce le cas ?
On peut dire cela, même si le nombre de sujets abordés par le roman est plus vaste. Avec le Syndrome E, j’ai voulu principalement m’intéresser à l’impact que pouvaient avoir les perceptions sensorielles sur notre cerveau. Que se passe-t-il dans notre tête, par exemple, quand nous sommes confrontés à une image violente ? Commet réagit l’organisme ? Des gens se sont penchés là-dessus, en bien et en mal. Ces gens-là m’intéressaient… Le roman flirtera avec la limite des sens, plongeant le lecteur dans une mise en abîme où il se posera des questions sur sa propre lecture, et l’impact de celle-ci sur son esprit.

D’où vous vient cet attrait pour le sujet ?
Dans mes premiers romans, je restais assez terre à terre : des personnages tuaient, des enquêteurs les traquaient, et j’utilisais tous les procédés de l’enquête criminelle (police scientifique, analyses, criminologie, etc) pour que les assassins soient punis. J’expliquais les motivations des meurtriers en ayant recours à des fêlures psychologiques, des problèmes psychiques qu’ils avaient au fond d’eux-mêmes.
Tout acte a toujours une cause plus ou moins profonde, et j’ai voulu, chaque fois un peu plus, comprendre ces mécanismes complexes qui font que certains individus passent à l’acte, et d’autres non. Ces recherches m’ont mené dans les méandres de la mémoire, du cerveau humain, de la psychiatrie. Ce sont des thèmes qui me passionnent, et qui sont très intéressants aussi pour le lecteur. J’essaie d’écrire des romans qui n’apportent pas que du suspense, mais aussi de la connaissance scientifique et comportementale aux personnes qui lisent mes romans.

Revenons sur la genèse de ce nouveau roman. Frank Sharko va pour la première fois croiser la route de Lucie Henebelle, deux personnages que vos lecteurs connaissent bien. Aviez-vous anticipé cette rencontre ? Comment votre roman est-il né ?
Franck Sharko et Lucie Henebelle sont deux personnages que j’aime beaucoup. J’ai quitté Sharko en 2006 avec Deuils de Miel, et Lucie un peu plus tard, avec « La mémoire fantôme ». Ces personnages avaient besoin de se reposer, de reprendre leur souffle, car ils avaient beaucoup souffert ! J’avais en tête de réécrire un jour un livre avec chacun d’entre eux dans une histoire séparée. Mais lequel prendre ? Lucie ? Franck ? Certains lecteurs réclamaient l’un, et d’autres voulaient le deuxième. Alors, je me suis dit : « pourquoi ne pas les mettre dans le même roman ? Pourquoi ne pas les faire se rencontrer ? » J’ai trouvé cela à la fois original, amusant, et stimulant. Ce sont des personnages si différents…

Après avoir décidé, donc, d’écrire un roman avec eux, il fallait trouver un moyen de les faire se rencontrer. Je ne voulais surtout pas que cela soit facile et artificiel. Ces deux personnages ont leur parcours, vivent dans des endroits différents, il n’y a, a priori, aucune raison pour qu’ils se retrouvent ! Ce qui est original, c’est que Lucie ne va pas mener une enquête policière classique. Elle est en congés, l’une de ses fillettes est malade… Mais elle va avoir la malchance de visualiser un film très énigmatique, qui a fait perdre la vue à l’un de ses anciens petits amis. Petit à petit, sans le savoir, elle va ainsi se rapprocher de Sharko, qui lui enquête sur cinq corps retrouvés sous terre, complètement anonymisés en sans cerveau…

“Le syndrome [E]” est-il une sorte d’ultime roman? Deux tranches de vie qui se rejoignent pour former la conclusion d’une longue série policière ?
Non, ce ne sera pas un ultime roman avec ces personnages. Il est, en effet, la fusion de deux destinées, mais il marque aussi le début de quelque chose. Pas impossible qu’il y ait une suite. Vous verrez à la sortie du roman, une surprise vous attend mais il faudra pour cela lire jusque la toute dernière page !

L’Egypte et le Canada seront a priori deux régions où nous voyagerons au travers de votre livre. Mais qui dit Lucie Henebelle dit le Nord. Ce décor qui vous tient à coeur sera-t-il présent dans ce nouvel opus ?
Lucie habitant le Nord (Lille), la région sera forcément présente dans le roman ! C’est un livre qui va beaucoup faire voyager le lecteur, à la fois en France et à l’étranger (on va même aller faire un tour du côté de la Belgique). Pour l’Egypte, je n’ai pas pris le Caire touristique que tout le monde connaît (les Pyramides, les balades sur le Nil), mais j’ai creusé dans les méandres de la ville, là où se cachent les pires secrets. Le roman parle d’une enquête policière grave, les lieux devaient être en adéquation avec le sujet.

J’imagine que la quatrième de couverture d’un thriller new-yorkais capte plus facilement le lecteur que celle d’un polar dunkerquois. Mais en situant plusieurs de vos romans dans votre région natale, vous choisissez la difficulté et parvenez tout de même à réaliser ce tour de force. Un secret ?
Ce qui ressemble à un obstacle (écrire une histoire dans le Nord par exemple) s’est en fait révélé être une force. Les libraires et les lecteurs aiment les histoires policières bien de chez nous, des histoires dont ils se sentent proches et non pas complètement déconnectés. Regardez Millenium, qui se passe en Suède, ou les livres d’Indridason, qui se passent dans un pays où il fait froid et presque toujours nuit (ou jour !) Je pense que le monopole du « Tout New-York » est aboli. Les lecteurs ont besoin de diversité et de voyager autrement que par des décors tout fait qui, finalement, sont toujours les mêmes.

Un conseil à donner à de futurs écrivains en herbe ?
De la persévérance, de la passion et du plaisir ! Ce sont les trois maîtres mots qui permettent de relancer la machine dans les moments les plus difficiles, car l’écriture n’est pas un long fleuve tranquille. Je dirais presque « heureusement, d’ailleurs » !

Merci d’avoir prit le temps de répondre à mes questions.

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