Interview : Fabio Mitchelli
Fabio, si tu devais te présenter en quelques mots ?
Je suis né en 1973 à Vienne. J’ai intégré une école de jazz en 1997, à Lyon, puis j’ai été intermittent du spectacle pendant près de huit ans. J’ai ensuite lâché la scène musicale en 2005, et je me consacre aujourd’hui à l’écriture de romans policiers et thrillers fantastiques.
Quels sont tes projets en cours ?
Ils sont nombreux! J’ai constamment un feu qui me brûle concernant l’écriture, je suis sans cesse à prendre des notes sur papier ou mon dictaphone dès que j’entends la musique d’une phrase ou des mots qui me parlent.Actuellement, je viens de terminer l’écriture de ma nouvelle; « La verticale du fou » qui est en fait une investigation policière vu de l’autre côté du miroir. j’invite le lecteur à suivre l’affaire par les yeux de Clarisse, la victime, qui prend conscience de sa mort et refait à l’envers le chemin des heures qui ont précédé sa mort et, du même coup, se retourne sur son passé et prend conscience de la fragilité d’une vie. le thriller fantastique que je suis en train de parachever, un récit d’anticipation qui traite les fléaux politico-religieux actuels de notre société, articulé autour d’une intrigue policière. Je promets un ouvrage léché, de 360 pages environ, où dans une angoissante ambiance d’apocalypse (et non de fin du monde!) des secrets théologiques, des visionnaires mystiques, des fondamentaliste religieux et la révolution d’un néo-monde en marche vont s’entrecroiser et s’amalgamer dans une descente aux enfers palpitante.
J’ébauche en parallèle les prémisses d’un nouveau roman qui prend naissance; une vague histoire de rêves, de meurtres sanglants, et de cinéma!
Et parmi ces projets, des publications à venir ?
Tout d’abord la verticale du fou, qui devrait être publiée à compte d’editeur, pour le premier trimestre 2011, aux Editions Ex-Aequo, Ensuite, nous verrons avec mon editeur…
Pour « Tueurs au sommet », il est encore entre les mains de l’éditeur,rien n’est joué.
Mais le projet que j’aimerai mener a son terme, c’est la creation d’un salon du polar a courchevel, mon lieu de résidence…avec pour parrains, Aurélien Molas, Gilles Caillot et pourquoi pas Franck thilliez! (s’ils sont ok, les bougres!) Pour Dantec, ça sera pour une autre fois, peut-etre…
La verticale du fou de l’être semble donc être une récit post-mortem. Comment t’es venue cette idée ?
Curieusement, aussi fou que celà puisse paraître, je me suis levé un matin avec l’envie de raconter cette histoire, mais en me mettant dans la peau d’une femme. J’avais besoin d’un support exutoire concernant ma petite jeunesse, j’avais besoin d’exprimer ce que j’avais été, ce que j’avais fait dans le pire des excès que nous procuraient la plupart des plaisirs terrestres… Alors, je me suis dit que « faire porter le chapeau » à un personnage fictif pouvait avoir un sens interessant, surtout si le personnage est mort dès le début du récit. en effet, Clarisse, mon double transgenre fictif, est en train de vivre sa propre mort et, depuis sa « conscience fantôme », se fait narratrice et tente de se souvenir des dernières heures qui ont précédé sa mort afin de confondre son propre meurtrier. Elle se retournera alors sur sa vie et prendra conscience du mal qu’elle s’est infligée; à elle-même, à son propre corps, elle prendra conscience du mal qu’elle a répandu autour d’elle.
Un peu philo, voire métaphysique, j’ai orienté le récit qui était un peu autobio vers une construction « polardeuse », ceci afin de ne pas lasser le lecteur.
Voilà, je vous offre un petit extrait, qui j’espère vous permettra de cerner plus clairement cette interprétation féminine de mes démons de post-adolescent…
« C’est à cet instant là qu’il me fut possible de saisir l’importance de la vie, le respect de son être, de son corps, mais pas au sens exhibitionniste, seulement au sens humain. Je prenais conscience que les générations contemporaines s’abreuvaient d’images sur papier glacé, se complaisaient à calquer un fac-similé de poupées siliconées, couchées sur les photos retouchées de magazines en vogue. Toute une masse humaine interrogeait son miroir pour savoir si toujours il était question d’être au top niveau. A l’heure où le paraître prédominait sur l’importance d’une spiritualité qui s’éteignait, l’être humain avait perdu ses repères et avançait dans un brouillard de strass, un inconscient collectif, une brume faussement dorée qui gargarisait des générations fantômes, conditionnées par le pouvoir et le désir du supra-esthétisme.
Je me souviens m’être senti très seule à ce moment et, malgré cette vie passée à me camoufler derrière des quantités industrielles de fond de teint, mascara et autres crèmes anti rides, j’avais ressenti la sensation de ne plus être tout à fait belle, plus tout à fait moi. Je ne voulais plus de ce monde et de ses affres, je ne voulais plus faire partie de cette élite hyper carburée à la cocaïne, cette fine fleur qui se délitait sous le poids de l’arrogance et de l’individualisme. J’avais envie de partir loin, tout quitter, laisser derrière moi ceux que je connaissais, les oublier, mourir socialement pour mieux renaître ailleurs… »
« J’avais la sensation que s’échappaient par le trou béant de l’arrière de ma boite crânienne, mes pensées les plus secrètes, mes instants de vie les plus intimes. La position dans laquelle je m’étais trouvée m’avait laissé entrevoir l’étrange aspect de ma jambe gauche, semblable à un long morceau déchiré de chair et d’os ; une simple masse de matière organique écarlate, parsemée d’esquilles sanglantes.
J’avais pressenti toute l’étendue du cauchemar que j’allais traverser. J’avais pressenti que la dernière bulle d’oxygène qui se délitait dans mon cortex, n’allait pas tarder à exploser et assécher mon esprit, raser l’existence qui faisait de moi un être entier, pulvériser ma molécularité comme le souffle d’une déflagration nucléaire. J’avais repensé en quelques micros secondes à ce qu’avait été mon corps de nymphe ; Svelte, bronzé, arborant des proéminences gracieuses, des protubérances qui semblaient pointer du corps d’une post-adolescente. Résultante exo-corporelle de la maturité féminine en deux mamelles accueillantes, mes deux tours jumelles à moi, redressées vers le ciel, s’enflammaient comme deux globes de feu chaque fois que le désir me mordait et m’aspirait dans le trouble.
J’avais en ces instants, ressenti une affliction disproportionnée et immuable.
J’avais été affligée de devoir quitter ceux que j’aimais…
Je n’avais pas eu envie de partir, pas de suite…
Mais il avait fallu que je rende mon costume de chair, ma plastique supra-proportionnée, ma vie, la trace de mon être sur cette planète, dans cet univers…
La lumière orange clignotait toujours.
Arrêt des fonctions vitales.
Tracé plat_______________________________
Et voilà, j’étais morte. »
Quel est l’univers de tes romans ?
L’univers de mes romans reflète avant tout de sombres sentiments, car la musique qui me vient lorsque je couche sur papier les premières lignes d’un roman, d’une idée, ce sont des fragments de réalités concernant les faits divers sordides que l’on nous sert chaque jours. Bien évidemment, ensuite se propage l’imagination et se crée un amalgame assez curieux. Je suis aussi très inspiré par mes phobies, mes fantasmes, ainsi que des morceaux de ma propre vie, que l’on retrouve d’ailleurs dans mes romans. Je garde toujours à peu près le même ton, j’aime écrire en me plongeant dans l’univers du pire, comme si le monde autour de moi parraissait translucide et éteint, j’aime écrire ces sentiments d’angoisse, de terreur, de perte totale de l’unité.
Bien évidemment pour les auteurs qui m’ont inspiré, il y a toute une panoplie classique que nombres autres auteurs ont forcément lu. Mais à l’âge de quatorze ans j’ai découvert Edgar Allan Poe et, je crois, c’est lui qui a déclenché la passion de l’écriture chez moi. « Double assassinat dans la rue morgue » a été l’ouvrage clé puisque l’année d’après j’écrivais mon premier roman (enfin, nouvelle!) pour le reste, j’ai découvert Maurice.G.Dantec, mon maître, mon gourou, ma source, mon père de plume, puis J.C Grangé, Thomas Harris, Franck Thilliez, pour l’uniforme vraiment « polardeux », et enfin dans un registre différent; Nicci French pour l’écriture à deux mains (ou quatre!), Bernard Werber, et Michel Houellebecq.
Comment l’écriture est-elle arrivée dans ta vie ?
Comme indiqué plus haut, dans la rue morgue! Plus sérieusement, le déclencheur a été la lecture de cet ouvrage mais pas que. C’est d’après une rédaction que je devais rendre à ma prof de Français, dont le thème était: « vous êtes perdu, il n’y a plus trace de vie autour de vous, décrivez vos sentiments… »! J’ai obtenu une note (virtuelle, bien évidemment) de 25/20, selon ma prof de Français. J’ai pris conscience ce jour-là que j’aimais écrire et surtout dépeindre ces univers là; la solitude, le désespoir, l’angoisse et la terreur.
Comment écrives-tu?
Heu… avec un stylo? (pfffff) En restant sérieux, j’écris tous le temps! Enfin, dès que je le peux. Le matin, au réveil, si j’ai des idées qui me titillent, la journée en prenant des notes, mais c’est le soir que je me sens le mieux pour écrire. Lorsque la maison c’est endormie, que règne le calme absolu et que les schtroumpfs ont regagné leur forêt enchantée (j’ai cru lire dans une autre de vos interviews que d’autres auteurs en possède également, des monstroplantes aussi, c’est curieux!) que s’expulsent mes univers et tout ce qui s’y déroule. J’aime écrire avec un casque sur les oreilles et écouter de la musique très faiblement, ce qui me permet de m’isoler complètement de tout ce et ceux qui m’entourent… Pour les structures de mes romans, j’échaffaude les chapitres en fonction de mon inspiration du moment, j’aime construire mes romans à la manière d’un réalisateur de cinéma. parfois, J’écris le chapitre 25 et reviens sur le chapitre 12, j’écris des scènes dont je ne connais même pas l’utilisation finale, mais les garde précieusement. Parfois mon casting s’aggrandit, des personnages viennent se greffer au récit, subitement, une simple figuration parfois et parfois un rôle pivot. Souvent, ce n’est qu’une phrase que j’écris, et que je garde bien précieusement. Alors, lorsque j’ai la sensation de tout maitriser je m’occupe du grand montage, du final cut!
Quels sont, selon toi, les ingrédients indispensables à un bon roman ?
Selon moi? Alors ça sera vraiment valable uniquement pour ma gamelle! Car comme chaque auteur possède son propre style et son propre univers, mes ingrédients ne sont valables que pour ma cuisine. Je crois qu’avant tout, il faut se mettre à la place du lecteur, il faut lui livrer un récit peu commun, avec des personnages si sympas qu’on aimerait les avoir pour amis et d’autres, si repoussants et abjects que l’on voudrait les étrangler!!! C’est mon point de vue… pour le reste, j’accorde beaucoup d’importance à la musique des mots et des phrases, au rythme, aux descriptions. Ensuite, le roman n’est bon que si le lectorat ne le décide…
Quels sont tes coups de coeur cinématographiques et littéraires ?
Je me souviens avoir été bouleversé après avoir lu « Le pull-over rouge » de Gilles perrault. Ensuite, viennent:
- La sirène rouge (Maurice.G.Dantec)
- Les racine du mal (Maurice.G.Dantec)
- Les rivières pourpres (J.Christophe Grangé)
- Le silence des agneaux (Thomas harris)
- Hannibal (Thomas Harris)
- La possibilité d’une île (Michel Houellebecq)
Pour le cinéma, le grand classique; shinning, From Hell;des frères Hugues, Les nerfs à vifs; de Martin scorsese, L’armée des douze singes; de Terry Gilliam, Le sixième sens; de M.Night.Shyamalan, Sunshine; de Istvan Szabo, et la liste de Schindler; de S.Spielperg.
Quels conseils donnerais-tu à des gens qui aimeraient prendre la plume ?
J’ai besoin d’être conseillé moi-même, tous le temps, alors de là à donner des conseils! mais si je pouvais donner mon avis, à de jeunes auteurs torturés par le démon de l’écriture, je dirai que ceux-ci doivent aller au bout de leurs envies, de leurs projets, qu’ils n’hésitent pas à écrire ce qu’ils sentent, bon ou mauvais peu importe. ensuite, faire lire ses écrits est très important; par les amis, la famille, voire des inconnus (si, si! c’est possible!). il faut écrire et encore écrire, l’appétit vient en mangeant!
voilà, mais il ne s’agit que de mon simple avis…
Je te laisse le mot de la fin.
Et bien je voudrais te remercier pour ce que tu fais, je trouve cette démarche très intéressante qu’est de permettre à des auteurs confirmés et débutants de pouvoir s’exprimer.
Je remercie aussi david boidin et Maxime gillio, pour l’exquise initiative de la création de cette exquise nouvelle.
Clin d’oeil à papa G.Caillot, je le remercie pour certains de ces conseils éclairés en matière d’édition….
Banzaï! Et que les ténèbres vous éclairent…
Merci beaucoup d’avoir partagé ce petit bout de temps avec nous. La verticale du fou a été un véritable plaisir de lecture que je conseille à tous. Vivement les prochains !!!


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