Interview: Bernard Coat-Lacoste
Bernard, si vous deviez vous présenter en quelques mots ?
Je suis un peu comme une huître, parfois, je me ferme et ne dis pas un mot, parfois c’est le contraire, j’aime parler. J’essaie toujours d’être affable et diplomate même envers les retors.
Je suis un individualiste qui aime les gens, la tolérance est la plus grande de mes qualités ou faiblesses. Je peux être tour à tour, sérieux ou joueur. Je ne me connais pas encore entièrement, ce serait de la prétention de ma part que de croire le contraire. J’aime à fréquenter toutes sortes de gens, pas un milieu en particulier. En souriant, je peux vous dire que je suis simple et compliqué à la fois.
Pourriez-vous nous parler de votre travail d’écriture ?
Pour le moment, je fais dans le roman noir et la bande dessinée et quelques paroles de chansons à venir. Auparavant, je travaillais sur des scénarios pour l’institutionnel. Dans un cas comme dans les autres, j’essaie de posséder le sujet mais en principe le sujet devient plus fort que l’auteur et s’impose de lui-même, comme un homme et son ombre. J’écris souvent sans stylo, sans PC, il faut un bon moment de maturation cérébrale avant de commencer le travail d’écriture proprement dit, ce qui me permet d’enrober mes pensées de gâteries syntaxiques et d’un vocabulaire choisi. Le café m’est aussi d’un grand secours car je commence tôt le matin, je ne suis devenu caféïnoman. Je me discipline pour rester dans les normes des catégories dans lesquelles je travaille, faire du roman noir pour du noir, ne me plaît pas, je préfère du noir où je mélange toutes les couleurs des mots car en réalité quoique révolté je suis un un passionné de littérature classique et je compte bien diversifier les genres littéraires, si possible ne pas me restreindre, ce qui n’aurait comme effet que d’étouffer ce que j’ai de créatif.
2011 sera une riche année pour vous avec trois romans à paraître. Une série ou des livres indépendants ?
» Du sang sur les docks » va faire partie d’une trilogie, je travaille sur le deuxième volet car j’espère une sortie couplée avec la BD » Lili sur les quais » qui comprendra probablement un deuxième tome. En attendant, le troisième volet du triptyque, je vais probablement me diversifier avec un livre qui me positionnera différemment par rapport au lecteur et éditeurs. J’espère avoir le temps de faire un autre ouvrage en plus. De surcroît, les éditions transalpine de Ferrara, « LineaBN », aimerait avec les droits livres-papier de » Du sang sur les docks » pour une traduction en italien avec une vingtaine d’illustrations de Marta Besantini qui a déjà travaillé sur la version e-book en anglais,c’est une créatrice talentueuse.
S’il me reste un peu de temps, alors je suis ouvert à toutes de propositions, une autre BD ou pourquoi pas une adaptation théâtrale, j’adore la mise en scène, voilà une bouteille lancée à la mer, n’est-ce pas ? Si je compte bien, avec les traductions, ça fera pas mal d’ouvrages. Si un ou des distributeurs francophones m’entendent, il ne me déplairait pas de faire circuler des livres version papier dans le monde de la francophonie, Quebec, Suisse, etc.
Cela fera plus de quatre je crois, mais je triche un peu avec les traductions. 2011, devrait être l’année de la continuation et de la diversification.
Comment en êtes vous arrivez à l’écriture et à cette vie hors norme – il me semble avoir lu que vous partagiez votre temps entre la France et les USA. Etait-ce un rêve de gosse que de devenir écrivain ?
L’écriture n’est pas un rêve d’enfant, c’est une façon d’exorciser le mal-être, les cauchemars, voire l’anormalité, plus simplement une forme de marginalité petite ou grande qui s’impose insidieusement dans l’âme humaine puis on intellectualise, on essaie de devenir plus ou moins intelligent et un beau jour l’écriture vient, elle s’installe confortablement dans un système de pensée, c’est l’écriture qui nous choisit, souvent parceque tout d’abord nous avons été de bons lecteurs, des observateurs. Puis au jour le jour, l’on essaie de rendre son écriture encore plus belle, attractive, l’on devient de plus en plus exigeant avec soi-même sachant aussi que nous risquons d’être jugé, apprécié, incompris. Ce nous avons voulu maîtriser un certain temps ne nous appartient presque plus après le point final.
Je ne sais pas si j’ai une vie une « hors-norme » mais il est vrai que je n’ai jamais couru après une forme de « normalisation sociale », parfois je la fuis, mais je continue de courir après une certaine réalisation de moi-même, j’essaie de satisfaire quelques envies comme tout un chacun; donc je suis un peu égoïste, donc je suis à peu à près comme tout le monde (Sourire).
Concernant,les Etats-Unis, cela tient de l’anecdote. Je vivais à Paris et suis parti en reportage en province comme cadreur free-lance ; sur les lieux du tournage, il y avait des gens de la NBC avec qui j’ai pu discuter, ils m’ont invité à venir les voir dans leurs anciens bureaux des Champs-Elysées à Paris, puis de fil en aiguille, il m’ont proposé une job outre-atlantique pendant quelques temps. Effectivement, là on rejoint un rêve d’ado.
Pourriez vous nous parlez de l’histoire de vos romans, en résumer un peu l’intrigue ?
Pour les polars, surtout ceux de demain qui seront meilleurs… j’essaie de faire en sorte que l’anodin ne le soit plus, que le commun, les meurtrissures du quotidien ne soient pas des anecdotes que l’on trouve dans les rubriques des faits divers. Je ne cherche pas forcément à couper des têtes, à sortir un flingue, la vie de tous les jours est faite de nombreuses cruautés, si l’on en parle aux actualités télévisées on banalise ce qui ne devrait pas l’être. Avoir faim, froid dans des pays riches ça ressemble à de la torture. Les phobies, la solitude non voulue, les réalités sociales sont susceptibles d’être des éléments moteurs pour écrire du roman noir. Je ne cherche pas à faire dans le steak haché, si tel était le cas autant lire des bouquins sur la Saint-Barthélemy, la guerre du Viêt-Nam ou bien la torture dans des pays de dingues. Pour le second volet de la trilogie du peintre Bernard Balzac que je continue à écrire il n’y a pas encore une goutte de sang, il y a plus de sentiments, de social, de personnages décalés, de souffrances métaphysiques. Je crois que j’’écris du « roman noir social » à tendance humoristique.
De quelle manière écrivez-vous ? Des habitudes ou rituels particuliers ?
Pour me sentir bien, il faut que je me lève tôt le matin, je démarre souvent vers les cinq heures du matin. Mes idées me viennent souvent quand je me réveille. Je suis aussi parfois pris de crise de fou rire, surtout la nuit ; mon inconscient est sympathique. Si je continue assez tard dans la journée, l’écriture devient plus mécanique.
Je n’ai pas beaucoup de manies sauf pour le café et les vêtements. Parfois, quand je suis forme je mets une chemise à jabots, style pirate, que j’ai commandé pour Noël.
J’ai non loin de moi sur une étagère, mes auteurs préférés, ils m’encouragent.
De quelle manière élaborez-vous l’un de vos romans ? Cela passe-t-il par une première phase de construction ou vous lancez-vous directement dans l’écriture ?
En premier lieu, le stylo ne me sert à rien, je gamberge quelques temps, je bouquine, puis lorsqu’il y des idées, je commence à écrire, je note quelques idées directrices, j’essaie d’élaborer un plan qui ne reste que grossier et que j’améliore au fil du temps qui passe et du stylo qui s’use.
Un grand merci à vous pour cet échange qui fut très sympathique.


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