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		<title>Les fantômes du delta (Aurélien Molas)</title>
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		<pubDate>Sun, 01 Apr 2012 09:27:16 +0000</pubDate>
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		<title>Le vin de la colère divine (Kenneth Cook)</title>
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		<pubDate>Sun, 01 Apr 2012 09:26:35 +0000</pubDate>
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		<title>La nuit de l&#8217;accident (Elisa Vix)</title>
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		<pubDate>Sun, 01 Apr 2012 09:25:57 +0000</pubDate>
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		<title>L&#8217;apparence de la chair (Gilles Caillot)</title>
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		<pubDate>Fri, 30 Mar 2012 14:02:04 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Samuel</dc:creator>
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		<description><![CDATA[La baffe littéraire comme on les aime, certainement une des plus belles découvertes de ce début d&#8217;année. Je connaissais Gilles pour son premier bouquin, l&#8217;Ange du mal &#8211; une traque d&#8217;un tueur en série dans Lyon &#8211; , et je suis passé à l&#8217;Apparence de la Chair, son cinquième livre, sans lire les trois autres. [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>La baffe littéraire comme on les aime, certainement une des plus belles découvertes de ce début d&#8217;année. Je connaissais Gilles pour son premier bouquin, l&#8217;Ange du mal &#8211; une traque d&#8217;un tueur en série dans Lyon &#8211; , et je suis passé à l&#8217;Apparence de la Chair, son cinquième livre, sans lire les trois autres. Et le moins que l&#8217;on puisse dire, pour paraphraser Thilliez, c&#8217;est que c&#8217;est bluffant. On est à mille lieux de l&#8217;Ange du mal, qui était pourtant déjà très chouette. Là, on tient entre les mains quelque chose de très pro, d&#8217;excellent même, qui s&#8217;inscrit dans la lignée des meilleurs thrillers français.</p>
<p>Concernant l&#8217;histoire on est toujours à Lyon, et comme toujours chez Gilles, on tombe sur du cadavre. Sauf que là, ça ressemble à du déjà vu pour le capitaine Sylvie Brannetti qui, quinze ans plus tôt, a perdu sa fille entre les griffes d&#8217;un tueur qu&#8217;elle poursuivait. La gamine a disparu sans laisser de trace. Et aujourd&#8217;hui, le monstre réapparaît. Bref, c&#8217;est l&#8217;occasion pour Sylvie de peut-être découvrir enfin ce qui s&#8217;est passé. La traque s&#8217;installe, Gilles nous fout l&#8217;hameçon au fond la gorge et là ça démarre. Tout s&#8217;enchaîne à une vitesse monumentale et à chaque fois qu&#8217;on pense commencer à comprendre ce qui se trame là derrière, on prend une nouvelle baffe. L&#8217;héroïne n&#8217;est plus une flic, mais une mère à qui on a enlevé sa gosse. Un esprit anéanti qui va devoir plonger dans son passé, aussi douloureux soit-il. Une aventure dont elle ne sortira pas indemne, et nous non plus.</p>
<p>Bref, c&#8217;est la nuit blanche assurée. Un monstre qui fait rimer Caillot avec Thilliez, Chattam et j&#8217;en passe.  A bouffer d&#8217;urgence.</p>
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		<title>Interview : Aurélien Molas</title>
		<link>http://vioco.fr/interview-aurelien-molas/</link>
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		<pubDate>Sun, 03 Apr 2011 19:23:23 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Samuel</dc:creator>
				<category><![CDATA[Interviews]]></category>

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		<description><![CDATA[C’est avec la plus grande humilité qu’Aurélien Molas se prend au jeu de l’interview pour notre site. Il revient sur la genèse de la onzième plaie et sur les étapes de sa vie qui l’ont poussé à se plonger dans l’univers de l’écriture. Un échange riche et passionnant avec un auteur fascinant que je vous recommande chaudement. [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>C’est avec la plus grande humilité qu’Aurélien Molas se prend au jeu de l’interview pour notre site. Il revient sur la genèse de la onzième plaie et sur les étapes de sa vie qui l’ont poussé à se plonger dans l’univers de l’écriture. Un échange riche et passionnant avec un auteur fascinant que je vous recommande chaudement.</p>
<p><strong><em>Aurélien, si tu devais te présenter en quelques mots ?<br />
</em></strong>Biberon et primaire<br />
Je suis né le 4 octobre 1985 à Tarbes, ville triste et grise, touchée de plein fouet par le chômage, et ressemblant à s’y méprendre à une ville du nord implantée de force sous le soleil du sud.<br />
Je grandis entre la montagne et l’océan et suivit à la lettre le programme de tout bon enfant du pays : école, surf et ski. Voyant peu mes parents et n’ayant ni télévision, ni console de jeu, je meublais le reste de mon temps libre avec des livres et des Lego, m’amusant à faire vivre à mes jouets les aventures que je lisais, essentiellement les mythes et légendes de tous les pays, et montrais un engouement immodéré pour les récits apocalyptiques scandinaves.<br />
Vers mes huit ans, je gribouillais mon premier texte, quatre pages bancales, à l’orthographe franchement hésitante, relatant l’existence d’une tuile soumise aux intempéries. L’idée m’était venue durant une semaine de chasse aux pleurotes, quelque part au cœur du Gers. Voilà pour les débuts. Rien de bien glorieux, mais je découvris à cette occasion des plaisirs qui ne m’ont plus quitté, ceux des mots, de la narration et des champignons.</p>
<p>Indiscipline et collège<br />
Les années passant, je continuais à scribouiller de petits textes et entrais sans heurt au collège. Autant que je m’en souvienne, je lisais de plus en plus pris d’une fringale de lecture qui me fit découvrir Kafka, Zweig et Salinger.<br />
Vers douze ans, soumis à une poussée de croissance brutale qui me fit franchir la barre des un mètre quatre-vingt, j’entrais de plein fouet dans l’adolescence. En l’espace de quelques mois, le bon élève discipliné se métamorphosa en un élève chahuteur, bagarreur, bouillonnant de testostérone.<br />
Résultat, je passais mes mercredi après-midi en retenue avec mon meilleur ami à discuter (dans l’ordre de préférence) des filles, des films qu’on avait pas le droit de voir (Orange Mécanique, Salo ou les 120 jours de Sodome etc…) et des romans qu’on avait pas le droit de lire (American Psycho, Justine etc…). Nous passions ensuite des heures à imaginer ce que ces ouvrages pouvaient contenir de si horrible, de si fascinant pour nous être formellement interdits. Nous élaborions des scénarios alimentés par les faits divers qui entachaient les gazettes, par les légendes urbaines que « les grands » nous racontaient et je rédigeais nos élucubrations sous la forme de petites nouvelles. Ces discussions enflammées brisaient la quiétude douillette de la salle d’étude et nous valaient (avec un systématisme horripilant) d’être collés la semaine suivante.<br />
Durant cette période collégienne, je fis deux rencontres qui d’une certaine manière ont déterminé mon parcours. La première fut avec une professeur de français qui dispensa des conseils éclairés sur mes lectures. Je me plongeais à corps perdu dans le Voyage au bout de la nuit et éprouvais tout un panel de sensations paroxystiques, une série d’uppercut à l’estomac avant le knock-out final. A la fin de ce roman, quelque chose en moi avait changé.<br />
La seconde rencontre clé fut plus abstraite et se passa dans le silence d’une salle obscure lors de la projection du film l’Anguille de Shoei Imamura. Véritable claque cinématographique, je sortis de la séance avec une conviction profonde : je ne serai ni avocat, ni notaire, ni médecin, je serai réalisateur et, allez soyons fou, écrivain .</p>
<p>Trou noir et lycée<br />
Armée de certitudes et de rêves concernant mon avenir, j’entrais en seconde. Cinéphile boulimique, je regardais deux à trois VHS par jour et avec l’aide de camarades de classe, nous montâmes un cinéclub. A cette occasion, au cours d’une conférence qu’il animait, je fis la connaissance de Jean Douchet qui allait au fil des ans être un mentor, puis un ami.<br />
Mon existence bascula à la fin de la première. Je me retrouvai témoin malgré moi d’un fait divers sordide, noir comme la suie, qui allait me hanter durant de longues années. Je découvris une réalité effrayante et somme toute banale, celle des commissariats et des tribunaux.<br />
Dans l’attente du procès auquel je devais témoigner, je m’abrutissais dans la lecture et le cinéma, seuls échappatoires. Durant l’été, j’enchaînais les petits boulots pour tenter de meubler mon existence d’expériences et maintenir loin de moi les soucis. Je fis la plonge, appris à faire des salades césar, castrai le maïs et assistai le projectionniste d’un vieux cinéma. Bien que je ne considère pas mon rapport à l’écriture comme un exorcisme, cette période de ma vie a sans doute influencé mon besoin d’inventer des univers noirs, réalistes, où les personnages sont habités par leur passé, pourchassés par des fantômes, mais je reste bien incapable de dire dans quelle mesure.</p>
<p>Les années folles et la faculté<br />
Le BAC en poche, je décidai de quitter la France pour quelques temps et, mettant de coté mes aspirations à faire des films, entrai en faculté de droit à Madrid. Mon niveau d’espagnol posant quelques problèmes de compréhension et le droit n’éveillant en moi qu’un intérêt mesuré, j’occupais mon année à explorer les musées et les discothèques madrilènes, tout en bossant à Télé Madrid comme public d’émission TV (boulot oh combien enrichissant…).<br />
Dans ma chambre de bonne avec vue sur les bouches d’aération, je découvris le Grand nulle part de James Ellroy, la Geôle d’Hubert Selby Jr et les Rivières pourpres de Jean-Christophe Grangé. Trois romans qui allaient me faire tomber éperdument amoureux de la littérature noire.<br />
Suite à un échange épistolaire avec Jean Douchet, j’acquis la conviction que je devais partir à Paris au plutôt. L’entrée à la FEMIS nécessitait une licence, j’aimais les musées, j’entrais donc à l’Ecole du Louvre. J’eus la chance de rencontrer le rédacteur en chef des Cahiers du cinéma qui pour éprouver mes capacités critiques m’envoya assister aux projections de presse.<br />
Je rencontrais Barbet Schroeder qui parvint sans mal à me convaincre qu’il fallait à tout prix que je tourne un court-métrage. J’écrivis un scénario fortement inspiré de Larry Clark et de mes souvenirs lycéens, fondai une association et me débrouillai en quatre mois pour réunir un budget. Trois jours de tournage dans la piscine municipale de Tarbes et j’avais mon premier film. La désillusion vint au montage. La lumière était sale, saturée, bref soixante-dix pour cent des rushes étaient inutilisables.<br />
Dépité, j’écrivis une nouvelle inspirée du scénario et l’envoyai à tout hasard au Prix du Jeune Ecrivain. Quelques mois plus tard, j’appris que ce texte avait été retenu. Dans la lancée, j’écrivais un autre texte pour un concours de nouvelles policières. J’eus l’agréable surprise d’être à nouveau lauréat. Je décidai de rédiger une version longue de cette nouvelle (ce qui deviendra La Onzième Plaie)<br />
En parallèle, je commençais à travailler avec André Téchiné sur des petites retouches de son scénario La Fille du R.E.R., puis sur un nouveau scénar qui se déroulait à Venise. Entre-temps, j’avais terminé la V1 de la Onzième Plaie.<br />
Mes proches m’encouragèrent, et après des corrections, je décidai de tenter le tout pour le tout, advienne que pourra. J’envoyais La onzième plaie à deux maisons d’édition et, la trouille au ventre, croisais les doigts.<br />
Premier contact téléphonique avec La Série Noire et Aurélien Masson, puis ce fut au tour d’Albin Michel de me contacter.<br />
La suite, vous la connaissez!</p>
<p><strong><em>La onzième plaie est donc parue en Février 2010. Revenons un peu sur la genèse du livre. D’où t’es venue cette idée ?<br />
</em></strong>La genèse de La Onzième Plaie remonte à Électricité Statique, nouvelle qui avait été primée et qui mettait déjà en place les personnages de Broissard et de Léo (le narrateur dans ce texte) (<a href="http://www.vioco.fr/electricite-statique-aurelien-molas">Cette nouvelle est à découvrir par ici</a>). Un ami m’a poussé à me lancer dans une version longue de cette nouvelle.<br />
Pourquoi pas?, me suis-je dit en commençant à écrire un manuscrit qui allait devenir avec les années le roman que tu as lu.<br />
Ne sachant pas trop comment m’y prendre pour écrire un roman, j’ai beaucoup étudié les auteurs que j’affectionne. J’ai décortiqué les structures narratives, les techniques, le choix du temps, l’importance des décors et des dialogues etc… Pour ce faire, je faisais des fiches sur les bouquins pour essayer de comprendre ce qui pousse à tourner les pages ? Pourquoi est-on happé dans une histoire au-delà du sujet, du style et de la puissance d’écriture? Bref j’ai tenté de découvrir comment on façonne le squelette d’un roman. Je dois ainsi remercier un site proprement génial: Polars Pourpres. Son créateur, Nicolas Trenti a eu la bonne, que dis-je l’excellente idée de mettre en ligne l’ossature des romans de maître Grangé. Quel meilleur outil existe-t-il pour un débutant que d’avoir accès aux nombres de pages par chapitres, aux points de liaisons des intrigues, à la rythmique des parties d’un des grands du thriller?<br />
Mais à la fin de ces recherches, restait un problème de taille à surmonter: la technique ne fait pas forcément un bon roman.<br />
Il y a bien sûr le talent, mais ça, à moins de traîner des chevilles grosses comme des poutres, c’est difficile d’admettre qu’on en a, alors quoi ? Quel secret d’alchimiste différencie un bon manuscrit d’une bouse?<br />
C’est alors que j’ai découvert une clé utilisée par la quasi-totalité des auteurs que je lis. Une clé qu’en tant qu’apprenti écrivain on néglige trop souvent, et cette négligence nous pousse à commettre l’erreur fatidique qui à mon sens fait qu’une maison d’édition refuse un manuscrit, ou que le lecteur n’y trouve as son compte : celle de ne pas différencier ce que l’on est en tant qu’individu et ce que l’on écrit. (ce qui fait très pontifiant rédigé comme ça!)<br />
Mais je crois que cette différenciation joue un rôle capital ; pour ma part, elle m’a obligé mettre mon ego dans un tiroir, d’y empiler dessus des écrivains poids lourds genre Shakespeare, Cervantès et Rimbaud, et à me tourner vers le lecteur, à le prendre en considération dans le processus de conception et d’écriture de ce premier roman.<br />
Certains écrivains prétendent qu’ils n’écrivent pas pour le lecteur, mais alors à quoi bon écrire? Un lecteur dépense de l’argent et prend du temps pour parcourir un ouvrage, alors si on ne pense pas à lui, si on ne désire pas le surprendre, lui procurer des sensations et des émotions fortes, qu’est-ce qu’il lui reste? Du papier et un porte-monnaie plus léger?<br />
Ne pas respecter le lecteur, c’est du vol! et j’affirme que c’est un foutu manque d’intégrité (je parle en connaissance de cause, étant boulimique de lecture et de nature curieuse je me fais avoir ou entuber, ça dépend du degré de filouterie des éditeurs, bien trop souvent).<br />
Une fois cette fameuse « clé » assimilée, j’ai écrit mon histoire, cherchant toujours à créer ce sentiment de plaisir que j’avais eu à la lecture de nombreux polars.<br />
La vraie difficulté durant cette phase d’élaboration et de rédaction fut d’arrêter de me dire que je n’apportais rien de nouveau sous le soleil et que probablement ces heures de labeur ne déboucheraient sur rien d’autres que des lettres de refus des éditeurs et des silences polis, mais compatissants, de la part de mes proches. A ça, venait se surajouter tous les délires qui polluent le net, comme quoi l’édition c’est une mafia, les grosses maisons ne lisent pas les manuscrits envoyés par des inconnus, faut être une bimbo et coucher pour être publié (j’étais sacrément mal barré), si t’es pas « fils de », ben, c’est dommage pour toi mais ton texte tu peux te le mettre sur l’oreille, et autres carabistouilles pour reprendre un mot que j’aime bien.<br />
Pourtant restait vissée dans mon crâne, cette question aussi simple qu’un titre de Musso: « et merde, pourquoi ça marcherait pas? »<br />
Au point final de la V1, je me suis mis à l’étape la plus astreignante: les corrections. J’ai relu et relu et relu encore et encore ce que j’avais écrit, j’ai corrigé, coupé des chapitres entiers, remodelé l’intrigue, j’ai fluidifié l’écriture, travaillé les liaisons entre les chapitres etc… Puis j’ai léché mon timbre, non sans croiser les doigts/toucher du bois/demander à la lune, et je suis allé rendre visite à l’ami de tous les écrivaillons en herbe: la Poste.</p>
<p><strong><em>De quelle manière écris-tu ?<br />
</em></strong>J’écris tous les jours, sauf le dimanche, de 8h30 à 19h sans petit-déjeuner et sans repas le midi. Avec ce rythme, j’essaie de forcer l’inspiration en quelque sorte, mais ce n’est pas tant elle qui m’obsède que la qualité d’une scène, son équilibre interne. J’ai toujours un temps d’avance sur ce qui va se passer dans le texte, mais je vois le livre comme une sorte de figure géométrique, un rubicube parfaitement assemblé (c’est très abstrait mais je n’ai pas d’autres images pour l’exprimer) et tant que je ne suis pas parvenu à restituer (pour moi) cette impression d’ensemble je sais que ce que j’écris est mauvais. Pour La Onzième Plaie, je n’y suis pas parvenu totalement, ce n’était pas aussi clair, mais j’y travaille pour le prochain!<br />
Mes rituels sont simples: pas de musique, mon chat près de moi, des litres de coca et un paquet de cigarettes. Ce qui m’est indispensable, c’est d’avoir une dizaine de romans toujours les mêmes éparpillés sur mon bureau ( Céline, Zweig, Bernanos, Ellroy, Melville, King, Dostoïevski, Salinger, F.X Toole). Je ne les ouvre pas, mais je sais qu’ils sont là et que d’une manière ou d’une autre ils me guident.</p>
<p><strong><em>Comment débutes-tu tes romans ? Cela passe-t-il par l’écriture d’une trame, d’un plan etc ? Ou une fois l’idée en tête, tu te mets directement à noircir le papier, retravaillant progressivement chacun des passages au fil des mots ?</em></strong><br />
Excellente question… Je débute toujours sans écrire, par une scène qui s’impose à moi, une scène qui est plus exactement une séquence de film que j’aimerai tourner.</p>
<p>Elle m’apparait chaque fois que je revois certains de mes films fétiches (des oeuvres de Fritz Lang et d’Orson Welles principalement, mais auxquelles s’ajoutent du De Palma et du Harmony Korine, parfois du Copola (le père, pas la fille et ses nymphettes tout droit sorties d’une photo d’Hamilton), du Murnau et du Michael Mann). Une fois que cette scène est vissée dans ma tête, je la complexifie et je la triture, et généralement c’est là qu’apparaisse en plus du décor et de l’action: mes personnages principaux et le contexte.<br />
A partir de là, le gros du travail commence. Je le divise en plusieurs étapes que je note scrupuleusement.<br />
La première: est-ce que le contexte me permet de traiter de la situation sociale, politique et économique de notre société? Je fais des listes et des listes de situations ou de sujets que j’intégrerai dans l’histoire quoi qu’il arrive. Sans un discours derrière, je ne vois pas l’intérêt d’écrire. En général, en faisant le tri, j’obtiens une dizaine de points que je mettrai dans le roman.<br />
La deuxième étape: c’est de potasser des bouquins d’art et de photographies, pour isoler une trentaine d’oeuvres qui me serviront d’inspiration pour l’ambiance générale que je veux essayer de restituer. Pour la Onzième Plaie, j’étais obsédé par Turner, par Zurbaran, par Gregory Crewdson en photo, et par Soutine. Pour le prochain que je suis en train d’écrire, le choix est plus large, puisque je prends autant du Basquiat, que du Cézanne, que du Ernest Pignon Ernest, du Bosch, du Bruegel ou du Uccello. Je me contrefiche d’une cohérence dans ces choix, cette cohérence c’est au bouquin de l’apporter.<br />
Troisième étape: à présent que j’ai l’ambiance et le contexte, je découvre les personnages (principaux, secondaires): leurs âge, leur gueule, leur petite faiblesse, leur passé etc… J’écris par le menu des fiches psychologiques de plusieurs dizaines de pages, je les dessine et puis je les laisse vivre dans ma tête en passant à l’étape suivante.<br />
Quatrième étape: j’aime bien les grosses scènes spectaculaires, violentes, les séquences dans un film où on reste scotché sur son siège. J’en ai toujours une quinzaine qui me trottent dans le crâne. Alors je les note en imaginant comment mes personnages se débrouilleraient dans cette situation ; des fois ça fonctionne, d’autre fois ça sonne faux ou artificiel, du coup je rature.<br />
C’est là que survient l’étape la plus importante: l’histoire et l’intrigue se mettent en place d’elles-mêmes, très progressivement (souvent sous la douche). Alors j’écris une trame, puis une autre, et les ambiances, plus les points de la première étape, viennent s’ajouter aux scènes.<br />
Mais rien de tout ceci n’a de sens, si je ne me confronte pas à la réalité. Je pars donc enquêter, nourrir cette trame d’éléments concrets. Pendant un mois ou parfois plus, je passe quatorze heures par jour à fouiller, à interviewer, à vadrouiller, à recouper des infos… Ce qui est fantastique, c’est quand une personne que vous interrogez vous raconte une anecdote et qu’il y a cette petite lumière dans votre tête qui s’allume et que vous vous dites: voila la scène qui me manquait!<br />
Bref, une fois cette cinquième étape terminée: j’attaque scolairement la mise au propre, en me demandant comment distraire le lecteur et rendre limpide cette histoire. L’intrigue s’enrichit de faux-semblants, de rebondissements, et se complexifie selon le déroulé que j’ai déjà préalablement travaillé. L’obsession à ce moment là, c’est de ne pas oublier que le lecteur est très malin et qu’il sait repérer les failles. Alors je peaufine le plan, je m’amuse à deviner ce que pense le lecteur et j’essaie d’anticiper sur lui.<br />
Septième étape: la mise au propre est là, sous mes yeux, reste la partie technique du découpage. Chapitres, nombre de pages par chapitres, alternance des intrigues secondaires, équilibre des scènes, entrée-sortie d’un personnage dans une pièce, dans un lieu etc… J’essaie de trouver une fluidité, (je ne dis pas que j’y parviens mais du moins j’essaie).<br />
Voila, une fois tout ça fait, je commence à écrire et je laisse vivre les personnages dans ce cadre précis. Le moment le plus angoissant et en même temps le plus merveilleux, c’est quand les personnages essaient de s’émanciper et prendre le large, et que de nouvelles scènes viennent enrichir le texte et lui donner plus de force, plus de rythme.</p>
<p><strong><em>Quels sont tes projets en cours ?</em></strong><br />
Les projets en cours sont évidemment le roman sur lequel je bosse et qui puise toute mon énergie. Une fois terminé ce manuscrit, je risque si tout continue à bien se mettre en place de passer derrière la caméra pour réaliser une fiction de 30min. Mon agent a fait passer le scénar et il se trouve qu’il y a preneur, mais encore une fois, je suis quelqu’un de prudent et j’ai eu mon lot de désillusions (ce qui est obligatoire dans ces métiers, personne n’y échappe, il faut le savoir).<br />
En ce qui concerne le roman, c’est un pavé qui se déroule en Afrique de 2006 à 2011. C’est un texte assez différent de La Onzième Plaie, il est beaucoup plus visuel et sensitif, plus psychologique aussi, il y a plus d’action et de scènes spectaculaires.<br />
J’ai voulu pour celui-ci explorer des voies inhabituelles pour un thriller en conjuguant d’autres genres littéraires : l’épopée, le roman d’aventure, l’intimisme etc… Je voulais travailler sur quelque chose qu’on n’a pas l’habitude de lire, quelque chose d’un peu nouveau tant par l’intrigue que par les scènes qui se succèdent.<br />
Mon obsession, c’est que le lecteur fasse une expérience sensorielle en l’ouvrant, qu’il soit immergé totalement dans le décor, dans l’ambiance, dans les odeurs et dans les émotions. J’ai aussi souhaité écrire sans me mettre d’entraves stylistiques, ce qui donne un texte plus littéraire, plus sensible.<br />
Je prends un gros risque éditorial avec ce roman et le résultat sera là pour me dire si j’ai bien fait ou non…<br />
J’espère que les lecteurs me suivront et accepteront de me prendre la main pour faire le voyage avec moi.</p>
<p><strong><em>Tu as déjà eu l’occasion de travailler pour le cinéma me semble-t-il, notamment avec André Téchiné. Comment cela s’est il passé ?</em></strong><br />
Je suis venu sur Paris pour travailler dans le cinéma. J’ai commencé par écrire des piges, puis j’ai décidé de produire mon premier court-métrage vers 20ans. Je l’ai tourné mais le résultat étant décevant, j’ai préféré tourner la page.<br />
Le virus m’a repris après avoir fait une apparition aux cotés de Gilbert Melki et de Grégoire Colin dans le long-métrage d’un ami. Je me lançais dans un tournage sauvage dans le métro, sans autorisation et sans un sous. Assurant moi-même le montage de ce court, je descendais à Dijon puisque la cinémathèque de Bourgogne me laissait gracieusement bidouiller les bancs de montage la nuit. C’est lors d’un trajet Paris-Dijon que j’ai fait la connaissance d’André Téchiné qui venait pour une rétrospective de ses films.<br />
Peu de temps après au culot et avec le soutien de Jean Douchet j’ai demandé à bosser sur le nouveau film d’André La Fille du RER. On m’a mis au poste de consultant documentaliste.<br />
Le boulot consistait à faire des recherches sur les incohérences du scénario. Et là, ben le destin m’a filé ma chance: il y avait à l’époque un problème d’articulation entre les deux parties du film. Dans la séquence de transition, l’avocat joué par Michel Blanc faisait un truc contraire à ce que doit faire un avocat dans ce type de situation.<br />
C’était à la fois infime comme détail mais assez gros pour que j’attaque et saisisse ma chance. J’ai dit à André que le film ne tenait pas dans sa logique interne puisque reposant sur cette incohérence. Le lendemain je lui ai amené la séquence en question entièrement réécrite. C’est comme ça que j’ai débuté au poste de dialoguiste et que j’ai pu travailler sur le scénario dans son entier pendant trois mois.<br />
André ayant été content de mon travail m’a imposé à son producteur pour que je sois le scénariste de son prochain film. Il existait une V1 écrite par l’écrivain Philippe Besson, mais André et lui étant brouillé j’héritais du bébé.<br />
On m’a envoyé un mois à Venise pour écrire avec André une histoire de jumeaux dans le milieu de l’art contemporain vénitien.<br />
C’est là que les choses ont très vite dégénéré. L’histoire ne me parlait pas, je n’y croyais pas une seconde, mais fallait bien bosser pour se nourrir donc je me suis attelé à la tâche.<br />
Ce fut le mois le plus explosif, le plus long et le plus stressant que j’ai eu à vivre.<br />
Si vous lisez le grand Laurent Scalese et sa très belle Cicatrice du diable, ce sera un aperçu correct de ce que j’ai enduré.<br />
Une fois rentré à Paris, j’ai bossé encore un mois puis pouf! André a décidé d’abandonner le projet. Je me suis retrouvé sans source de revenus et au fond du trou professionnellement parlant. Mais j’avais un manuscrit à envoyer…</p>
<p><strong><em>Quels sont tes derniers coups de coeurs cinématographiques et littéraires ?<br />
</em></strong>Mes derniers coups de coeur cinématographiques: je crois que ce sera L’Avocat réalisé par Cédric Anger avec Benoît Magimel et Gilbert Melki, le film sort en janvier, mais j’ai eu la chance de le voir en projo VIP (ça se la raconte, n’est-ce pas?). Ce film est une vraie réussite que je vous conseille vivement!<br />
Inception ne fut pas le chef-d’œuvre que j’espérais mais bon faut pas déconner certaines séquences sont des trouvailles de génie. Dommage que sur le fond Nolan confonde le rêve et sa structure avec l’imaginaire, c’est à mon humble avis ce qui fait capoter le film.<br />
Littérature…<br />
Laurent Scalese et Tim Willocks me passionnent actuellement. J’ai une pile de romans à lire dès que l’écriture du prochain sera terminée: je veux finir de lire le Houellebecq qui pour l’instant m’ennuie profondément (mais je dois être maso), et surtout entamer le Bret Easton Ellis et le Don de Lillo de la rentrée! Ensuite je passerai à Jac Baron, Maxime Gillio, Hervé Jourdain, le nouveau Chattam et le nouveau Thilliez etc… et je reprendrai certains livres que je veux relire pour un autre projet : John Kennedy Toole, Dan Simmons, Don Winslow et Lansdale.</p>
<p><strong><em>Des conseils à donner à des gens qui aimeraient prendre la plume ?<br />
</em></strong>Des conseils, je crois que j’en ai déjà livré quelques uns, mais à vrai dire ce sont plus des avis que j’ai déduits de mon expérience de débutant.<br />
Je crois qu’il est essentiel de ne pas trop se prendre au sérieux dans le sens où ce que disait Bukowski est vrai:  » un grand écrivain, il y en a un par demi-siècle et ce n’est pas moi ». A moins d’un talent inné, incroyablement précoce, il est peu probable de livrer l’équivalent du Voyage au bout de la nuit ou d’une Saison en enfer: mais ça n’a aucune importance au final!<br />
Ce qu’il faut en revanche privilégier: c’est le travail et le respect du lecteur, et ne pas oublier que ce n’est pas le statut social d’écrivain que l’on doit viser (parce que sinon ce n’est qu’une minable affaire d’ego et le lecteur est oublié dans l’affaire).<br />
Il faut lire, c’est une évidence, et surtout lire de tout: de la blanche comme du thriller, du polar comme du roman épistolaire, historique, de la SF etc… On ne peut pas s’ouvrir au lecteur si l’on est sectaire dans ses choix de lecture. Il est indispensable de lire Rabelais, Sophocle, Corneille ou Euripide, de décortiquer Soljenitsyne, Dostoievski et madame de Sévigné, de se plonger dans l’univers de Maupassant, de Bram Stocker tout en découvrant Cervantes ou Garcia Marquez etc…<br />
Mais il faut aussi être curieux dans le plus de domaines artistiques possibles : en histoire de l’art, en architecture, en cinéma, en BD… Ce n’est pas de la dispersion, c’est un exercice stimulant et tellement enrichissant.<br />
Ah si! Si je dois donner un vrai conseil c’est celui-ci (il m’a beaucoup servi) :<br />
« Nous ne sommes pas des flocons de neige merveilleux et uniques! »Tyler Durden. Fight Club.</p>
<p><strong><em>Je te laisse le mot de la fin.<br />
</em></strong>Je crois que le mot de la fin ne peut-être que : Merci.<br />
Merci aux lecteurs. Ce n’est pas de la démagogie mais une simple réalité: sans lecteur, un livre ne vit pas, sans lecteur, l’écrivaillon ne progresse pas, ne se démène pas pour écrire un bouquin qui tienne la route. Cette rencontre avec les lecteurs fut l’expérience la plus enrichissante depuis la sortie de mon bouquin. Deux d’entre eux sont même devenus des amis très proches (sacré Nico et sacré David, je leur jette des fleurs!)<br />
Merci aux blogueurs aussi, encore une fois, pour leur honnêteté, leur enthousiasme et la qualité de leurs critiques. Je suis toujours très impressionné en parcourant les blogs (ce que je fais souvent) de lire une telle finesse d’analyse littéraire et cette finesse manque cruellement à mon sens dans la presse classique. (soupir)<br />
Et enfin, merci à la communauté du polar de m’avoir si joyeusement accueilli!<br />
A la différence de la littérature blanche et du milieu de l’édition en général, il y a une vraie communauté et un vrai soutien dans le milieu de la littérature noire. Et tant que des Scalese, des Caillot, des Aubenque, des Mesplède, Bauwen, Thilliez, Gillio et consorts seront là, les nouveaux-venus seront chaleureusement intégrés!<br />
Voila, le mot de la fin est écrit (ça ressemble un peu à un discours de miss Bigorre, mais pour une fois que j’ai l’occasion de m’exprimer à ce sujet, j’allais pô me priver.).<br />
Ah si évidemment, j’oubliais : un grand merci à toi, Samuel, et au plaisir de te rencontrer !</p>
<p><strong><em>Merci beaucoup Aurélien. Ce fut un immense plaisir.</em></strong></p>
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		<title>Interview: Fabio M Mitchelli</title>
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		<pubDate>Sun, 03 Apr 2011 19:14:19 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Samuel</dc:creator>
				<category><![CDATA[Interviews]]></category>

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		<description><![CDATA[Fabio est l’auteur du septième zénith, un roman qui ne devrait pas tarder à passer au stade de roman publié à compte d’éditeur. Plus récemment, il a achevé l’écriture d’une nouvelle d’une centaine de pages: La Verticale du fou. Un récit post mortem qui promet d’être captivant et dont il nous livre quelques bribes. Rencontre. Fabio, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Fabio est l’auteur du septième zénith, un roman qui ne devrait pas tarder à passer au stade de roman publié à compte d’éditeur. Plus récemment, il a achevé l’écriture d’une nouvelle d’une centaine de pages: La Verticale du fou. Un récit post mortem qui promet d’être captivant et dont il nous livre quelques bribes. Rencontre.</p>
<p><strong><em>Fabio, si tu devais te présenter en quelques mots ?</em><br />
</strong>Je suis né en 1973 à Vienne. J’ai intégré une école de jazz en 1997, à Lyon, puis j’ai été intermittent du spectacle pendant près de huit ans. J’ai ensuite lâché la scène musicale en 2005, et je me consacre aujourd’hui à l’écriture de romans policiers et thrillers fantastiques.</p>
<p><strong><em>Quels sont tes projets en cours ?</em></strong><em><br />
</em>Ils sont nombreux! J’ai constamment un feu qui me brûle concernant l’écriture, je suis sans cesse à prendre des notes sur papier ou mon dictaphone dès que j’entends la musique d’une phrase ou des mots qui me parlent.Actuellement, je viens de terminer l’écriture de ma nouvelle; « La verticale du fou » qui est en fait une investigation policière vu de l’autre côté du miroir. j’invite le lecteur à suivre l’affaire par les yeux de Clarisse, la victime, qui prend conscience de sa mort et refait à l’envers le chemin des heures qui ont précédé sa mort et, du même coup, se retourne sur son passé et prend conscience de la fragilité d’une vie. le thriller fantastique que je suis en train de parachever, « l’allégorie des splendeurs » est un récit d’anticipation qui traite les fléaux politico-religieux actuels de notre société, articulé autour d’une intrigue policière. Je promets un ouvrage léché, de cinq cent pages environ, où dans une angoissante ambiance d’apocalypse (et non de fin du monde!) des secrets théologiques, des visionnaires mystiques, des fondamentaliste religieux et la révolution d’un néo-monde en marche vont s’entrecroiser et s’amalgamer dans une descente aux enfers palpitante.</p>
<p>J’ébauche en parallèle les prémisses d’un nouveau roman qui prend naissance; une vague histoire de rêves, de meurtres sanglants, et de cinéma!</p>
<p><strong><em>Et parmi ces projets, des publications à venir ?<br />
</em></strong>Tout d’abord la verticale du fou, qui devrait être publiée à compte d’editeur, pour le premier trimestre 2011, aux <a href="http://www.editions-exaequo.fr/">Editions Ex-Aequo</a>, Ensuite, nous verrons avec mon editeur…<br />
Pour le « septième zénith », il est encore entre les mains de l’éditeur,rien n’est joué.<br />
Mais le projet que j’aimerai mener a son terme, c’est la creation d’un salon du polar a courchevel, mon lieu de résidence…avec pour parrains, Aurélien Molas, Gilles Caillot et pourquoi pas Franck thilliez! (s’ils sont ok, les bougres!) Pour Dantec, ça sera pour une autre fois, peut-etre…</p>
<p><strong><em>La verticale du fou de l’être semble donc être une récit post-mortem. Comment t’es venue cette idée ?<br />
</em></strong>Curieusement, aussi fou que celà puisse paraître, je me suis levé un matin avec l’envie de raconter cette histoire, mais en me mettant dans la peau d’une femme. J’avais besoin d’un support exutoire concernant ma petite jeunesse, j’avais besoin d’exprimer ce que j’avais été, ce que j’avais fait dans le pire des excès que nous procuraient la plupart des plaisirs terrestres… Alors, je me suis dit que « faire porter le chapeau » à un personnage fictif pouvait avoir un sens interessant, surtout si le personnage est mort dès le début du récit. en effet, Clarisse, mon double transgenre fictif, est en train de vivre sa propre mort et, depuis sa « conscience fantôme », se fait narratrice et tente de se souvenir des dernières heures qui ont précédé sa mort afin de confondre son propre meurtrier. Elle se retournera alors sur sa vie et prendra conscience du mal qu’elle s’est infligée; à elle-même, à son propre corps, elle prendra conscience du mal qu’elle a répandu autour d’elle.<br />
Un peu philo, voire métaphysique, j’ai orienté le récit qui était un peu autobio vers une construction « polardeuse », ceci afin de ne pas lasser le lecteur.<br />
Voilà, je vous offre un petit extrait, qui j’espère vous permettra de cerner plus clairement cette interprétation féminine de mes démons de post-adolescent…</p>
<p><em>« C’est à cet instant là qu’il me fut possible de saisir l’importance de la vie, le respect de son être, de son corps, mais pas au sens exhibitionniste, seulement au sens humain. Je prenais conscience que les générations contemporaines s’abreuvaient d’images sur papier glacé, se complaisaient à calquer un fac-similé de poupées siliconées, couchées sur les photos retouchées de magazines en vogue. Toute une masse humaine interrogeait son miroir pour savoir si toujours il était question d’être au top niveau. A l’heure où le paraître prédominait sur l’importance d’une spiritualité qui s’éteignait, l’être humain avait perdu ses repères et avançait dans un brouillard de strass, un inconscient collectif, une brume faussement dorée qui gargarisait des générations fantômes, conditionnées par le pouvoir et le désir du supra-esthétisme.<br />
Je me souviens m’être senti très seule à ce moment et, malgré cette vie passée à me camoufler derrière des quantités industrielles de fond de teint, mascara et autres crèmes anti rides, j’avais ressenti la sensation de ne plus être tout à fait belle, plus tout à fait moi. Je ne voulais plus de ce monde et de ses affres, je ne voulais plus faire partie de cette élite hyper carburée à la cocaïne, cette fine fleur qui se délitait sous le poids de l’arrogance et de l’individualisme. J’avais envie de partir loin, tout quitter, laisser derrière moi ceux que je connaissais, les oublier, mourir socialement pour mieux renaître ailleurs… »</em></p>
<p><em>« J’avais la sensation que s’échappaient par le trou béant de l’arrière de ma boite crânienne, mes pensées les plus secrètes, mes instants de vie les plus intimes. La position dans laquelle je m’étais trouvée m’avait laissé entrevoir l’étrange aspect de ma jambe gauche, semblable à un long morceau déchiré de chair et d’os ; une simple masse de matière organique écarlate, parsemée d’esquilles sanglantes.<br />
J’avais pressenti toute l’étendue du cauchemar que j’allais traverser. J’avais pressenti que la dernière bulle d’oxygène qui se délitait dans mon cortex, n’allait pas tarder à exploser et assécher mon esprit, raser l’existence qui faisait de moi un être entier, pulvériser ma molécularité comme le souffle d’une déflagration nucléaire. J’avais repensé en quelques micros secondes à ce qu’avait été mon corps de nymphe ; Svelte, bronzé, arborant des proéminences gracieuses, des protubérances qui semblaient pointer du corps d’une post-adolescente. Résultante exo-corporelle de la maturité féminine en deux mamelles accueillantes, mes deux tours jumelles à moi, redressées vers le ciel, s’enflammaient comme deux globes de feu chaque fois que le désir me mordait et m’aspirait dans le trouble.<br />
J’avais en ces instants, ressenti une affliction disproportionnée et immuable.<br />
J’avais été affligée de devoir quitter ceux que j’aimais…<br />
Je n’avais pas eu envie de partir, pas de suite…<br />
Mais il avait fallu que je rende mon costume de chair, ma plastique supra-proportionnée, ma vie, la trace de mon être sur cette planète, dans cet univers…<br />
La lumière orange clignotait toujours.<br />
Arrêt des fonctions vitales.<br />
Tracé plat_______________________________<br />
Et voilà, j’étais morte. »</em></p>
<p><strong><em>Quel est l’univers de tes romans ?<br />
</em></strong>L’univers de mes romans reflète avant tout de sombres sentiments, car la musique qui me vient lorsque je couche sur papier les premières lignes d’un roman, d’une idée, ce sont des fragments de réalités concernant les faits divers sordides que l’on nous sert chaque jours. Bien évidemment, ensuite se propage l’imagination et se crée un amalgame assez curieux.  Je suis aussi très inspiré par mes phobies, mes fantasmes, ainsi que des morceaux de ma propre vie, que l’on retrouve d’ailleurs dans mes romans. Je garde toujours à peu près le même ton, j’aime écrire en me plongeant dans l’univers du pire, comme si le monde autour de moi parraissait translucide et éteint, j’aime écrire ces sentiments d’angoisse, de terreur, de perte totale de l’unité.<br />
Bien évidemment pour les auteurs qui m’ont inspiré, il y a toute une panoplie classique que nombres autres auteurs ont forcément lu. Mais à l’âge de quatorze ans j’ai découvert Edgar Allan Poe et, je crois, c’est lui qui a déclenché la passion de l’écriture chez moi. « Double assassinat dans la rue morgue » a été l’ouvrage clé puisque l’année d’après j’écrivais mon premier roman (enfin, nouvelle!) pour le reste, j’ai découvert Maurice.G.Dantec, mon maître, mon gourou, ma source, mon père de plume, puis J.C Grangé, Thomas Harris, Franck Thilliez, pour l’uniforme vraiment « polardeux », et enfin dans un registre différent; Nicci French pour l’écriture à deux mains (ou quatre!), Bernard Werber, et Michel Houellebecq.</p>
<p><strong><em>Comment l’écriture est-elle arrivée dans ta vie ?<br />
</em></strong>Comme indiqué plus haut, dans la rue morgue! Plus sérieusement, le déclencheur a été la lecture de cet ouvrage mais pas que. C’est d’après une rédaction que je devais rendre à ma prof de Français, dont le thème était: « vous êtes perdu, il n’y a plus trace de vie autour de vous, décrivez vos sentiments… »! J’ai obtenu une note (virtuelle, bien évidemment) de 25/20, selon ma prof de Français. J’ai pris conscience ce jour-là que j’aimais écrire et surtout dépeindre ces univers là; la solitude, le désespoir, l’angoisse et la terreur.</p>
<p><strong><em>Comment écrives-tu?<br />
</em></strong>Heu… avec un stylo? (pfffff) En restant sérieux, j’écris tous le temps! Enfin, dès que je le peux. Le matin, au réveil, si j’ai des idées qui me titillent, la journée en prenant des notes, mais c’est le soir que je me sens le mieux pour écrire. Lorsque la maison c’est endormie, que règne le calme absolu et que les schtroumpfs ont regagné leur forêt enchantée (<em>j’ai cru lire dans une autre de vos interviews que d’autres auteurs en possède également, des monstroplantes aussi, c’est curieux!</em>) que s’expulsent mes univers et tout ce qui s’y déroule. J’aime écrire avec un casque sur les oreilles et écouter de la musique très faiblement, ce qui me permet de m’isoler complètement de tout ce et ceux qui m’entourent… Pour les structures de mes romans, j’échaffaude les chapitres en fonction de mon inspiration du moment, j’aime construire mes romans à la manière d’un réalisateur de cinéma. parfois, J’écris le chapitre 25 et reviens sur le chapitre 12, j’écris des scènes dont je ne connais même pas l’utilisation finale, mais les garde précieusement. Parfois mon casting s’aggrandit, des personnages viennent se greffer au récit, subitement, une simple figuration parfois et parfois un rôle pivot. Souvent, ce n’est qu’une phrase que j’écris, et que je garde bien précieusement. Alors, lorsque j’ai la sensation de tout maitriser je m’occupe du grand montage, du final cut!</p>
<p><strong><em>Quels sont, selon toi, les ingrédients indispensables à un bon roman ?<br />
</em></strong>Selon moi? Alors ça sera vraiment valable uniquement pour ma gamelle! Car comme chaque auteur possède son propre style et son propre univers, mes ingrédients ne sont valables que pour ma cuisine. Je crois qu’avant tout, il faut se mettre à la place du lecteur, il faut lui livrer un récit peu commun, avec des personnages si sympas qu’on aimerait les avoir pour amis et d’autres, si repoussants et abjects que l’on voudrait les étrangler!!! C’est mon point de vue… pour le reste, j’accorde beaucoup d’importance à la musique des mots et des phrases, au rythme, aux descriptions. Ensuite, le roman n’est bon que si le lectorat ne le décide…</p>
<p><strong><em>Quels sont tes coups de coeur cinématographiques et littéraires ?<br />
</em></strong>Je me souviens avoir été bouleversé après avoir lu « Le pull-over rouge » de Gilles perrault. Ensuite, viennent:<br />
- La sirène rouge (Maurice.G.Dantec)<br />
- Les racine du mal (Maurice.G.Dantec)<br />
- Les rivières pourpres (J.Christophe Grangé)<br />
- Le silence des agneaux (Thomas harris)<br />
- Hannibal (Thomas Harris)<br />
- La possibilité d’une île (Michel Houellebecq)</p>
<p>Pour le cinéma, le grand classique; shinning, From Hell;des frères Hugues, Les nerfs à vifs; de Martin scorsese, L’armée des douze singes; de Terry Gilliam, Le sixième sens; de M.Night.Shyamalan, Sunshine; de Istvan Szabo, et la liste de Schindler; de S.Spielperg.</p>
<p><strong><em>Quels conseils donnerais-tu à des gens qui aimeraient prendre la plume ?<br />
</em></strong>J’ai besoin d’être conseillé moi-même, tous le temps, alors de là à donner des conseils! mais si je pouvais donner mon avis, à de jeunes auteurs torturés par le démon de l’écriture, je dirai que ceux-ci doivent aller au bout de leurs envies, de leurs projets, qu’ils n’hésitent pas à écrire ce qu’ils sentent, bon ou mauvais peu importe. ensuite, faire lire ses écrits est très important; par les amis, la famille, voire des inconnus (si, si! c’est possible!). il faut écrire et encore écrire, l’appétit vient en mangeant!<br />
voilà, mais il ne s’agit que de mon simple avis…</p>
<p><strong><em>Je te laisse le mot de la fin.</em></strong><br />
Et bien je voudrais te remercier pour ce que tu fais, je trouve cette démarche très intéressante qu’est de permettre à des auteurs confirmés et débutants de pouvoir s’exprimer.<br />
Je remercie aussi david boidin et Maxime gillio, pour l’exquise initiative de la création de cette exquise nouvelle.<br />
Clin d’oeil à papa G.Caillot, je le remercie pour certains de ces conseils éclairés en matière d’édition….<br />
Banzaï! Et que les ténèbres vous éclairent…</p>
<p><strong><em>Merci beaucoup d’avoir partagé ce petit bout de temps avec nous. J’attends La verticale du fou avec la plus grande impatience.</em></strong></p>
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		<title>Interview : Frédéric Mars</title>
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		<pubDate>Sat, 02 Apr 2011 19:20:25 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Samuel</dc:creator>
				<category><![CDATA[Interviews]]></category>

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		<description><![CDATA[C’est une plongée dans le monde des évangiles et de leurs mystères que je vous propose avec cette nouvelle interview. Rencontre avec Frédéric Mars, l’auteur (entre autre) du Sang du Christ paru fin avril chez Michel Lafon. &#160; Quatre années de recherches. C’est le temps qu’il lui aura fallu pour rassembler la masse d’informations nécessaire [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>C’est une plongée dans le monde des évangiles et de leurs mystères que je vous propose avec cette nouvelle interview. Rencontre avec Frédéric Mars, l’auteur (entre autre) du Sang du Christ paru fin avril chez Michel Lafon.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Quatre années de recherches. C’est le temps qu’il lui aura fallu pour rassembler la masse d’informations nécessaire à l’écriture du Sang du Christ, un thriller religieux sur Jésus de Nazareth qui se déroule en l’an 30 après lui même (ça se dit ??). Un ouvrage que je n’ai pas encore eu le plaisir de dévorer mais qui, d’après les critiques, vaut le détour.</p>
<p>Rencontre avec un écrivain plus que passionnant qui n’hésite pas à se frotter à différents styles littéraires pour le plus grand plaisir de ses lecteurs.</p>
<p><strong><em>Frédéric Mars, si vous deviez vous présenter en quelques mots ?<br />
</em></strong>Je suis un auteur de romans qui ne s’interdit aucun genre ni aucun sujet. J’ai ainsi déjà exploré la comédie romantique, le thriller sentimental, le polar historique, et bientôt l’autobiographie fictionnelle et le fantastique pour la jeunesse (sorties fin 2010 et début 2011).  Demain ce sera peut-être le suspense géopolitique, le huis-clos érotique, l’autofiction ou que sais-je encore. Si le sujet me plait assez pour faire « aimant », c’est-à-dire que tout ce que je vois, lis ou rencontre vienne s’y accrocher naturellement, alors je fonce, sans me poser la question de savoir si c’est « pour moi » ou non, si c’est cohérent par rapport à une quelconque image. Le patron, ce n’est jamais moi, c’est mon sujet. C’est cette liberté que j’apprécie le plus dans ce métier très privilégié. La liberté de choisir son univers chaque matin (ou presque) en se levant. Mais ce n’est pas toujours facile à imposer aux éditeurs, aux libraires, et à faire comprendre aux lecteurs. Il est plus facile d’avoir une étiquette, une marque de fabrique, et de s’y tenir.<br />
De ce point de vue, j’ai un fonctionnement plus anglo-saxon que typiquement français. Certains pensent être nés à la mauvaise époque pour eux ; moi je pense que les cigognes qui m’ont déposé sur terre se sont trompées de latitude (et longitude) !<br />
Sous d’autres identités, je suis aussi un « mercenaire de la plume », qui réalise des documents, essais, livres illustrés, etc. et parfois même des ouvrages pour les autres.<br />
Mon dernier roman en date est Le sang du Christ (ed. Michel Lafon), et il est le fruit de quatre années de recherches et de documentation.</p>
<p><strong><em>Un roman dont l’intrigue se déroule il y a 2000 ans me semble-t-il. Comment avez-vous entrepris son écriture ?<br />
</em></strong>Tout est parti de la publication de l’Evangile de Judas en 2006, un Evangile apocryphe retrouvé en Egypte dans les années 70 mais publié il y a quatre ans seulement. Il présente un Jésus pétri de gnose (rapport direct à la divinité, via une initiation) et qui envisage le corps comme un fardeau dont il convient de se débarrasser pour libérer la part divine que chacun a en soi.<br />
L’autre déclic a été la lecture de plusieurs thèses « mythistes » assez sérieuses, qui tendent à démontrer que la figure historique et politique de Jésus était assez éloignée de celle que présentent les Evangiles, qui pour but essentiel de convertir de nouveaux fidèles. La plus nourrie d’entre elles, qui a été le vrai point de départ de mon travail de recherche et de construction de mon intrigue, est l’Enigme de Jésus, de Daniel Massé, parue dans les années 1920.</p>
<p><strong><em>Comment vous est venue l’idée à l’origine du Sang du Christ ?<br />
</em></strong>Elle est venue des lectures déjà citées et de l’envie d’appliquer un genre populaire (le thriller) aux événements de la Passion ce qui, à ma connaissance, n’avait encore jamais été fait.<br />
En soi, c’était un défi qui me ramenait à mes propres plaisirs de lecteur, en particulier aux romans d’Umberto Eco (Le nom de la rose, pour ne pas le citer).</p>
<p><strong><em>Même si la tâche n’est pas des plus évidente, je suppose que le fait de situer l’intrigue à cette époque laisse pas mal d’options à l’imaginaire. Quelles pistes vouliez-vous explorer ?</em></strong><br />
Toutes celles qui pouvaient s’engouffrer de manière logique dans les très nombreuses failles historiques des Evangiles, et dans les trous laissés béants depuis 2000 ans par les contradictions entre les quatre textes dits « canoniques » (Marc, Mathieu, Jean et Luc, les seuls reconnus par l’Eglise).<br />
C’est un travail de lecture comparative passionnant, mais que les croyants ne font en réalité presque jamais. Je suis bien placé pour le savoir : j’ai fait toute ma scolarité chez les frères des écoles chrétiennes ! En un sens, on ne peut pas leur en faire le reproche : leur vision des Evangiles est confessionnelle, pas historique et encore moins romanesque. Qu’il y ait des incohérences entre les différentes versions n’enlève rien au message spirituel de Jésus, il n’y a rien à redire là-dessus. Il reste fort, beau, et très actuel.<br />
En revanche, si on explore ces fissures très nombreuses, et que l’on cherche à les combler avec les autres sources disponibles (en particulier les Evangiles apocryphes et les quelques témoignages sur la situation politique et religieuse de la Palestine occupée par Rome), alors le potentiel fictionnel est énorme.<br />
En quelque sorte, puisque les biblistes et les historiens ne pourront jamais reconstituer une biographie précise et 100% fiable de Jésus (il n’y a pas assez de sources contemporaines des faits pour cela), j’ai cherché à fabriquer, par la fiction, la sous-couche historique qui leur faisait défaut. C’est sans doute un peu présomptueux, mais c’est surtout très jubilatoire pour un romancier de sommer l’histoire de se référer à la fiction qu’il crée. Le monde à l’envers !</p>
<p><strong><em>De quelle manière construisez-vous vos romans ? Où puisez-vous votre inspiration ?<br />
</em></strong>Je pars souvent d’une idée simple, potentiellement contenue dans le titre. A partir de là je cherche à créer une problématique, des lignes de tensions, et à composer des personnages qui peuvent s’y greffer.<br />
Dans ce cas précis, c’était un peu plus compliqué, car la plupart des personnages (ainsi que leur vie, leurs proches, leur psychologie) sont déjà connus du public : Jacques, Jésus, Judas, Marie, Pilate, Caïphe, Hérode, Jean-Baptiste, etc. J’ai donc du sans cesse veiller à ce que leur profil et leurs actions nourrissent mon intrigue, tout en faisant en sorte qu’ils ne s’éloignent pas trop de l’image qu’on peut se faire d’eux d’après nos lectures ou les films qu’on a pu voir.<br />
Evidemment, pour certains, j’ai pris le contrepied volontaire de ces « clichés ». Notamment pour Saül, ou pour Jésus lui-même. Que Jésus en personne puisse être soupçonné du pire était une gageure assez acrobatique à gérer, mais très excitante.</p>
<p><strong><em>Comment écrivez-vous ? (quotidiennement ? En musique ? Rituels particuliers ?)<br />
</em></strong>J’écris tous les jours ou presque. Si je n’écris pas, c’est que je prépare mon synopsis, généralement très détaillé. Pour Le sang du Christ, la structure seule faisait plus de cinquante pages. En cours de route, je m’autorise néanmoins à amender certaines choses, ce qui suppose quelques pauses pour tout relire et repartir de plus belle dans l’écriture. Mais globalement je suis très régulier. J’ai besoin de ce côté métronome, ça me rassure et me stimule à la fois.<br />
Je n’ai pas de rituels particuliers, mais j’ai besoin de beaucoup de calme, et d’immersion. Donc pas de musique en fond, même douce ou en sourdine. Je ne réponds pas non plus au téléphone. Je vis dans ma bulle de fiction tout le temps où j’écris, et n’en sors – parfois avec difficulté – que le soir pour être disponible pour mes proches.<br />
C’est d’autant plus nécessaire quand vous décrivez une société et des personnages ayant existé il y a aussi longtemps, et sur lesquels on a si peu de référents. Pour qu’ils soient crédibles, il faut vraiment que vous viviez avec eux tout le temps de la rédaction du livre !</p>
<p><strong><em>N’est ce pas trop dur de sauter d’un univers à l’autre en variant les genres ?<br />
</em></strong>Non, au contraire, c’est pour moi la seule manière de fonctionner. Mon imagination me conduit dans des régions très diverses et je ne vois pas au nom de quelle règle je me censurerais. Ecrire sans cesse la même histoire, ou toujours le même genre, c’est pour moi ce qu’il y a de pire. D’ailleurs, j’en serais incapable.</p>
<p><strong><em>N’êtes vous jamais en proie à la page blanche ?<br />
</em></strong>Non. Parfois je bloque sur certains aspects plus complexes que d’autres de mon intrigue, sur ses rouages, ce qui m’oblige à réviser ma structure. Mais l’écriture, elle, vient toujours quand je la sollicite. Après ça, bien sûr, il y a des jours où les mots viennent mieux ou plus facilement que d’autres. Mais des jours totalement blancs, heureusement, ça ne m’arrive pas, ou presque pas.</p>
<p><strong><em>D’autres projets en cours ?<br />
</em></strong>Je suis en train d’écrire une saga en plusieurs tomes pour la jeunesse (disons les ados et les jeunes adultes) pour J’ai lu (collection Baam). C’est un projet qui met tient vraiment à cœur car il met en scène certaines de mes plus vieilles obsessions et notamment cette idée, déjà présente dans le Sang du Christ, que ce n’est pas forcément les faits qui écrivent l’histoire, mais parfois le fait même d’écrire l’histoire qui provoquent des événements. Mais vous en dire plus serait trop vous en dire !<br />
Et puis début novembre sort un drôle d’objet éditorial, Lennon Paradise (City Editions), un hybride bio-fiction qu’on pourrait qualifier d’autobiographie post-mortem, puisqu’il s’agissait pour moi de raconter (à la première personne) les 41 années supplémentaires que John Lennon aurait pu vivre, s’il avait survécu à son attentat du 8 décembre 1980. J’ai imaginé que c’était le cas (uchronie, quand tu nous tiens !) et qu’il avait subi à cette occasion une NDE (near death experience), laquelle a changé radicalement sa vision de la vie.<br />
Evidemment, ce récit est le prétexte à imaginer, entre autres, des rencontres inédites (Lennon et Gainsbourg, Lennon et Madonna, etc.), à tordre le cou à ce serpent de mer qu’est la reformation des Beatles, et plus largement à brosser un portrait de ces trente dernières années (1980-2010) via le prisme de ses états d’âme de mégastar mondiale.</p>
<p><strong><em>Quels sont vos derniers coups de cœur cinématographiques et littéraires ?<br />
</em></strong>En ce moment je lis hélas plus de documentation que de romans, et aucun livre récent ne m’a réellement transporté. Mon dernier emballement je le dois à une relecture – qui n’est pas vraiment une découverte : le premier tome de l’intégrale des romans de Philip K. Dick. Un visionnaire plus fécond qu’aucun autre, et qui donne furieusement envie de se frotter soi-même à la SF. Peut-être m’y essaierai-je un jour prochain, qui sait…</p>
<p>Au cinéma, j’ai été bluffé comme beaucoup de monde par le grand barnum visuel d’Inception, mais je préfère les films plus intimistes de Christopher Nolan, comme Memento ou Le Prestige, que j’ai revus tous les deux récemment, et pour lesquels je nourris une vraie fascination. Plus encore qu’un grand cinéaste, Nolan est (et son frère, avec lequel il a écrit Memento) est un très grand scénariste.</p>
<p><strong><em>Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui aimerait prendre la plume ?<br />
</em></strong>On conseille souvent aux auteurs débutant de lire, lire, et lire encore. Ce n’est pas inutile, certes, mais on peut lire des chefs-d’œuvre toute sa vie, et n’être pas capable soi-même de produire trois lignes correctes.<br />
Pour ma part je crois vraiment que, jusqu’à un certain niveau, la facilité d’écriture est une sorte de muscle qui se travaille par l’exercice très régulier. Il faut donc surtout écrire, écrire et encore écrire. A force, des automatismes et une forme de fluidité apparaissent, assez comparables à ceux qu’acquiert un sportif qui a travaillé ses abdos pendant des années. Au-delà, bien sûr, interviennent ces fameux cinq pourcent de talent ou d’inspiration, plus volatiles et aléatoires, et impossibles à enfermer dans une formule ou une définition. Mais c’est bien le travail de fond, cette « musculature » de base déjà évoquée, qui vous permet de tenir la distance sur un livre de plusieurs centaines de pages. Et, après ça, sur une vie entière d’écriture.</p>
<p>Enfin, je pense que la plupart des personnes qui pourraient vous conseiller sur vos écrits sont en fait les plus mal placées pour le faire. Les personnes trop proches trouveront à leur goût vos pires brouillons ; les personnes qui écrivent aussi seront trop rivales pour êtres objectives ; quant aux éditeurs pros, ils ont souvent une idée trop arrêtée de ce qu’est pour eux la littérature pour évaluer avec précision un texte qui ne rentre pas de manière exacte dans leur ligne. L’idéal, c’est un lecteur averti, curieux de tous les genres mais non professionnel, que vous ne connaissez pas personnellement et qui a néanmoins accès à votre texte… ce qui n’est pas facile à dénicher !<br />
Faute de quoi, on ne peut s’en remettre bien souvent qu’à soi, et à son intime conviction qu’on tient quelque chose d’original. Les seules questions qu’un auteur, débutant ou non, doit toujours se poser, sont : qui d’autre que moi aurait pu inventer cette histoire ? Quelle autre structure et quelle autre forme auraient été plus adéquates à mon sujet que celles que j’ai choisies moi-même ? Si, en toute honnêteté, on ne trouve pas de véritable point de comparaison, alors c’est qu’on tient vraiment quelque chose de singulier et qui mérite qu’on y consacre plusieurs années de sa vie…</p>
<p><strong><em>Je vous laisse le mot de la fin.<br />
</em></strong>Je vais le laisser au philosophe Emmanuel Levinas, qui avait cette maxime pour moi essentielle :  » Ce qu’on dit écrit dans les âmes est d’abord écrit dans les livres ».</p>
<p><strong><em>Un grand merci à vous.</em></strong></p>
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		<title>Interview: Maxime Gillio</title>
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		<pubDate>Fri, 01 Apr 2011 11:48:34 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Samuel</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Si tu devais te présenter en quelques mots ? En quelques mots : après dix ans d’enseignement (je suis prof de français), j’ai eu tellement envie de me faire virer de l’Education Nationale que je me suis mis à écrire des polars tour à tour sanglants, humoristiques ou orduriers, mais hélas, après quatre titres publiés, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong><em>Si tu devais te présenter en quelques mots ?</em></strong></p>
<p>En quelques mots : après dix ans d’enseignement (je suis prof de français), j’ai eu tellement envie de me faire virer de l’Education Nationale que je me suis mis à écrire des polars tour à tour sanglants, humoristiques ou orduriers, mais hélas, après quatre titres publiés, pour l’instant, je ne me suis pas encore fait lourder. Mais je persiste !</p>
<p><strong><em>Quelques mots sur ces quatre premiers romans ?</em></strong><br />
Les trois premiers titres sont d’une facture « classique » (ce qui ne veut pas dire qu’ils sont chiants, hein !) Ce sont les trois premiers tomes d’une série qui doit en comporter normalement quatre. J’aime beaucoup le principe des séries, qui présentent toujours une intrigue de premier plan, résolue en un titre, et l’évolution des personnages, plus complexe, qui s’étale sur toute la saga. Si on peut lire cette série dans le désordre, il y a tout de même une question qui est posée dans le premier tome, au sujet d’un des personnages, et à laquelle je répondrai dans le quatrième.<br />
Mon quatrième titre, « Les disparus de l’ A 16″, est radicalement différent. Comme ma série régulière est assez sombre, et que je suis un gros déconneur dans l’âme, j’avais envie d’écrire un polar complètement déjanté, humoristique, trash et outrancier, mais avec une réelle intrigue quand même, pour intéresser le lecteur. J’avais beaucoup d’appréhension au moment de sa parution, car c’est vraiment très particulier. Un peu comme si, toutes proportions gardées, San-Antonio avait un fils avec Reiser et en confiait la garde aux Nuls. Contre toute attente, ça marche plutôt pas mal, puisqu’on en est au deuxième tirage en moins de six mois.</p>
<p><strong><em>D’où t&#8217;est venue l’envie d’écrire ?</em></strong><br />
Par accident… Disons que la lecture est chez moi quelque chose de presque génétique : parents enseignants, études de lettres, boulimique de livres… Mais jamais je ne me suis dit : « un jour, je serai écrivain », pas du tout. Lire me suffisait amplement. Et puis j’ai adhéré à une association, « Les Amis de San-Antonio », dans laquelle je me suis investi en écrivant quelques articles ou études. Jusqu’au jour où mon cher Thierry, membre de la même association, m’a lancé un défi : « qu’est-ce que tu attends, nom de Dieu ? Publie ! »<br />
Alors j’ai essayé, et voilà.<br />
A l’origine, rien de plus qu’un défi, une rencontre. A l’arrivée, l’envie dévorante, presque étouffante, de vouloir vivre du livre, autour du livre.</p>
<p><strong><em>Fan de monsieur Dard ? </em></strong><br />
Fan absolu. Je suis même devenu le vice-président de l’association…</p>
<p><strong><em>Et ta première publication alors ? Parcours du combattant ou simple formalité ?<br />
</em></strong>J’ai eu beaucoup de chance. Bien entendu, j’ai dépensé une petite fortune en frais d’impression et d’envoi aux grands éditeurs. Fi, le sot que j’étais !<br />
Je l’ai ensuite fait éditer aux éditions du Manuscrit (compromis entre le compte d’auteur et le compte d’éditeur), mais bon, c’était quand même pas le top.<br />
Parallèlement à ces démarches, les éditions Ravet-Anceau ont lancé leur collection « polars en nord ». J’ai rencontré Gilles Guillon, le directeur littéraire, lors d’une manifestation, et il m’a donné sa carte en m’expliquant qu’ils cherchaient des auteurs.<br />
Je lui ai proposé mon manuscrit, corrigé et rallongé, et voilà le travail.</p>
<p><strong><em>Comment Maxime Gillio fabrique-t-il un de ses romans ?</em></strong><br />
Je ne sais pas si j’ai vraiment une méthode. Bon, l’idée, le concept d’abord. Quand je le « sens » bien, sur une grande feuille, je jette des idées, dresse des organigrammes, trace des flèches. Ce brouillon préparatoire est complété au fur et à mesure de la documentation que j’avale en même temps.<br />
Ensuite, j’écris un résumé de ce que pourrait être l’histoire, sur une quinzaine de lignes.<br />
Si ça a l’air de tenir la route, alors j’attaque le plan, le séquencier. Chapitre par chapitre.<br />
Enfin, je détaille mes chapitres par « modules », par unités de lieu ou d’action.<br />
Bref, je fais un véritable story-board qui rendrait fou bon nombre de mes collègues.<br />
Je suppose que c’est un manque de confiance.<br />
Mais je précise que je ne suis pas prisonnier de ce plan. C’est davantage pour me mettre en confiance, et pour me permettre d’entrer plus vite dans la rédaction. Comme j’ai toujours quatre projets en même temps sur le feu, je gagne du temps avec ces repères.<br />
Bien évidemment, la structure initiale va changer au cours de l’écriture, je vous rassure, je ne suis pas un robot. Des idées, des situations, des dialogues vont naître au fil de l’écriture, qui vont m’obliger à revoir cette charpente. Je pense que je pourrais commencer à écrire sans autant de préparatifs, mais ils me rassurent.</p>
<p><strong><em>Tu as un rythme d&#8217;écriture ?<br />
</em></strong>Dans la mesure du possible, j’essaye de m’imposer une discipline quotidienne, même si elle est souvent perturbée par des impondérables. Mais je ne crois pas, en ce qui me concerne, à l’inspiration toute puissante. Je crois au travail, au labeur. L’inspiration vient souvent des contraintes. C’est du moins ainsi que je fonctionne.</p>
<p><strong><em>Des petits rituels d’écriture ? Peut-être de la musique ?</em></strong><br />
Ah non, surtout pas ! En fait, les deux seules conditions quand j’écris sont : avoir au moins une plage de deux heures devant moi (si je sais que j’ai à peine une heure, ça ne me va pas, car il faut un temps « d’échauffement », je suis un diesel) et le silence le plus complet possible. Une mouche ballonnée suffit à me déconcentrer, alors de la musique… D’ailleurs, je vais expérimenter les bouchons d’oreilles pour mon prochain.</p>
<p><strong><em>Ton prochain ? Quelques détails peut-être ?</em></strong><br />
Logiquement (car rien n’est jamais sûr dans ce milieu…), j’attaque le dernier volume de ma série des Dacié/Marquet. Je vais enfin répondre à la question posée dans le premier tome de la tétralogie, et assembler les pièces du puzzle disséminées dans les trois premiers titres. Je vais faire en sorte que les lecteurs fidèles de cette série en aient pour leur argent, car je ne sais pas si je vais la continuer après. Il va y a voir des larmes et des coupes dans le casting !<br />
Parallèlement, je travaille sur d’autres projets, mais là, on n’en est qu’au stade des réflexions, donc je préfère ne pas trop m’avancer.</p>
<p><strong><em>Tes derniers coups de coeur littéraires et cinématographiques ?<br />
</em></strong>Je ne vais pas assez au cinéma à mon goût, alors… Récemment, j’ai beaucoup apprécié « The ghost writer » de Polanski.En revanche, question coups de cœur littéraires, ça va être dur, j’ai l’embarras du choix… Je viens de terminer « La onzième plaie », d’Aurélien Molas. Une tuerie ! Lui, si les petits cochons ne le mangent pas, on n’a pas fini d’entendre parler de son talent. Je me suis beaucoup amusé cet été en lisant « Duel en enfer », de Bob Garcia.Sinon, plutôt qu’un titre, je préfère vous parler d’auteurs que j’ai découverts ces dernières années. J’aime beaucoup l’écriture de Paul Colize, l’univers de Laurent Guillaume, sans oublier l’incontournable Franck Thilliez meilleur de titre en titre.<br />
Autrement, mes maîtres restent et demeurent Frédéric Dard, Dennis Lehane, Joe Lansdale.</p>
<p><strong><em>Des conseils à donner à de futurs écrivains en herbe ?<br />
</em></strong>Je me considère moi-même comme un écrivain en herbe, alors donner des conseils, ce serait bien prétentieux de ma part ! Disons que je n’insisterai jamais assez sur la notion de travail, pas forcément incompatible avec celle de plaisir, d’ailleurs. Mais soyez exigeants avec vous-mêmes, vos lecteurs vous en seront reconnaissants.</p>
<p><strong><em>Je te laisse le mot de la fin.<br />
</em></strong>Zygote (en tout cas, c’est celui qui est la fin de mon dictionnaire).</p>
<p><strong><em>Je n&#8217;aurais pas dis mieux. Un grand merci à toi. </em></strong></p>
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